Lowell Dean
Avec WolfCop, Lowell Dean a trouvé un point d'entrée que peu de cinéastes canadiens savent encore assumer sans gêne: le plaisir franc du cinéma de genre, sale, drôle, volontiers absurde, mais tenu par une vraie connaissance de ses effets. Ce n'est pas rien. Dans un contexte où l'horreur nord-américaine se partage trop souvent entre sérieux atmosphérique et ironie paresseuse, Dean choisit une troisième voie: fabriquer des films qui connaissent leurs racines bis sans se réfugier derrière le clin d'œil défensif. Chez lui, le grotesque a une densité matérielle, presque artisanale.
Le plus intéressant, pourtant, n'est pas seulement la surface ludique. Dean comprend que le cinéma d'exploitation fonctionne d'autant mieux qu'il garde un lien solide avec un territoire, une communauté, une cadence locale. Ses films sentent la petite ville, le bar, le poste de police, la route secondaire, le voisinage où chacun connaît le ridicule de l'autre. Cette inscription dans un Canada périphérique, très loin du cosmopolitisme publicitaire, donne à son travail une couleur spécifique. L'horreur y naît moins d'un monde abstrait que d'un environnement banal déjà prêt à accueillir le monstre comme prolongement logique de ses dysfonctionnements.
Dean a également le sens du corps comme machine comique et horrifique. Transformations, viscosités, blessures, morceaux de bravoure gore: tout cela n'est pas là pour cocher un cahier des charges. C'est la matière même de son cinéma. Il sait qu'une métamorphose réussie doit être à la fois répugnante, drôle et légèrement triste. Le grotesque, chez lui, n'efface jamais totalement la vulnérabilité. Cette nuance sauve ses films de l'exercice purement référentiel. On rit, bien sûr, mais on sent aussi combien la monstruosité sort d'un rapport fatigué à la virilité, à l'autorité, à l'alcool, à l'ennui provincial.
Dans le paysage de l'horreur des années 2010, cela compte. Dean ne prétend pas réinventer le genre à coups de concepts prestigieux. Il travaille à l'intérieur de formes réputées mineures, loup-garou, série B policière, satire sanglante, pour y remettre de la conviction. À une époque où tant de films semblent faits pour expliquer leur second degré, il ose la franchise du plaisir. Cette honnêteté esthétique est rare. Elle suppose une vraie confiance dans les puissances du maquillage, du rythme, de la bêtise bien dosée, du héros inadéquat.
Il faut aussi reconnaître une qualité de fabrication. Dean sait tenir un récit, distribuer ses pics d'énergie, ménager une progression qui ne sacrifie pas complètement les personnages au gag ou à l'effet gore. Son cinéma n'a pas besoin d'être raffiné pour être précis. Il suffit qu'il sache ce qu'il fait, et c'est le cas. Même les débordements semblent calculés à partir d'une connaissance très concrète du fonctionnement du genre, de ses attentes et des manières de les décaler.
Le fait qu'il travaille depuis le Canada n'est pas anecdotique. Le cinéma de genre canadien vit souvent dans l'ombre de son voisin américain, condamné soit à l'imitation, soit à la distinction auteuriste. Dean refuse ces deux impasses. Il propose un cinéma populaire qui n'a pas honte de son échelle, ni de ses racines locales, ni de sa crudité. Cela lui donne une liberté que des productions plus ambitieuses perdent parfois en route.
On pourrait dire que Lowell Dean pratique un cinéma de fidélité: fidélité aux monstres, aux matières, aux petites communautés cabossées, aux joies simples du mauvais goût pensé sérieusement. Mais cette fidélité n'a rien de nostalgique. Elle vaut comme position actuelle dans les années 2020: rappeler que le genre n'a pas besoin d'être ennobli pour être vivant. Il a besoin d'être cru, incarné et un peu idiot au bon endroit.
Lowell Dean mérite donc mieux que l'étiquette commode de faiseur culte. Il est un artisan du désordre, un cinéaste qui connaît la joie spécifique de la chair qui éclate et du héros qui titube. Dans le meilleur des cas, c'est déjà une politique du cinéma.
