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Leonardo Martinelli - director portrait

Leonardo Martinelli

Avec Fantasma Neon, Leonardo Martinelli prend les circuits du travail urbain brésilien et les fait basculer dans une euphorie fantasmagorique qui n'efface jamais la dureté sociale dont elle provient. Ce point de départ suffit à le distinguer. Beaucoup de cinéastes contemporains opposent frontalement réalisme et échappée imaginaire. Martinelli préfère les contaminer. Chez lui, la ville, la précarité, le désir de visibilité et la pulsation musicale appartiennent au même système de sensations.

Inscrit dans le contexte du Brésil, son cinéma apparaît comme une réponse vive à un présent saturé d'inégalités, de circulation rapide des images et d'inventivité populaire. Il n'aborde pas ces matières par la pure dénonciation. Il cherche la forme capable d'en restituer la vitesse, l'humour, la fatigue et l'excès. Le résultat est souvent un cinéma où le quotidien semble sur le point d'exploser en performance, en geste chorégraphique ou en apparition chromatique. Cette énergie n'a rien de décoratif. Elle vient du besoin de transformer la survie en style de présence.

Ce rapport au mouvement et à la stylisation le place dans une zone passionnante entre genre et observation sociale. Martinelli sait que le musical, même sous forme courte ou déplacée, n'est pas un luxe artificiel. C'est une manière de donner aux corps une puissance que l'ordre ordinaire leur refuse. Quand ses personnages chantent, dansent ou traversent l'espace comme s'ils en reformataient les règles, ils ne fuient pas le réel. Ils le retournent provisoirement à leur avantage.

Cette sensibilité l'inscrit pleinement dans les Années 2020, époque où les frontières entre formats, durées et registres sont de plus en plus poreuses. Mais Martinelli ne se contente pas d'habiter cette porosité. Il en tire une politique de l'image. Le court, le vif, l'éclatant, le performatif deviennent des outils pour penser ce que le travail, la ville et la circulation des désirs font aux subjectivités contemporaines. Le cinéma retrouve alors une fonction de secousse.

Il faut aussi souligner le rapport très concret de son oeuvre aux corps. Chez Martinelli, ils ne sont jamais des abstractions joyeuses. Ils portent l'épuisement, la nécessité économique, le besoin d'être vus, la possibilité de se réinventer en pleine pression. Cette matérialité empêche la stylisation de devenir chic. L'énergie reste branchée sur le monde.

Leonardo Martinelli compte ainsi parmi les cinéastes qui comprennent que l'invention formelle n'a de sens que si elle ouvre un espace pour des vies autrement comprimées. Son cinéma frappe par sa capacité à faire cohabiter la dureté et l'élan, la rue et le fantasme, l'ironie et la tendresse. Dans un paysage où la représentation du travail précaire oscille souvent entre misérabilisme et cool publicitaire, cette combinaison est précieuse. Elle donne à ses images une vraie nécessité.