Laura Ugolini
Dans le crédit unique de Laura Ugolini, l'horreur semble aimantée par une sensualité matérielle, par des textures de peau, de tissu, de pierre ou de lumière qui pourraient devenir menaçantes sans changer de nature. Le nom évoque une possible filiation italienne, mais le brief ne fixe pas de pays. Il vaut donc mieux parler d'une énergie d'image: une peur qui passe par la matière avant de passer par l'explication.
Le cinéma d'horreur est un art profondément tactile. Même lorsqu'il travaille avec des spectres, il revient au corps, aux surfaces, aux contacts. Une main sur une rampe, une goutte, un mur humide, une table ancienne, une chevelure dans la lumière: tout peut devenir signe. Laura Ugolini, par son inscription chez CaSTV, invite à lire le genre depuis cette matérialité. La peur n'est pas seulement ce que l'on comprend. Elle est ce que l'on sent arriver.
Cette attention rapproche son entrée du cinéma gothique, non dans le sens étroit des châteaux et des chandeliers, mais dans sa manière de charger les objets de mémoire. Le gothique sait que les choses gardent. Elles gardent la honte, le désir, le crime, le deuil. Elles font semblant d'être inertes, puis elles imposent leur version du passé. Ugolini peut être située dans cette lignée de la matière hantée, où l'espace ne raconte pas, mais insiste.
Les années 2020 ont vu revenir une horreur des textures, parfois contre la froideur numérique. Beaucoup de films cherchent à redonner au spectateur une sensation de poids: grains de peau, poussière, bois, métal, sang, boue, papier, pellicule simulée. Ce retour n'est pas seulement nostalgique. Il répond à un monde d'images lisses par une envie de friction. La peur devient plus forte quand elle semble pouvoir salir les doigts.
Un crédit unique ne permet pas de conclure sur une carrière, mais il permet de faire apparaître une affinité critique. Laura Ugolini représente, dans le catalogue, la possibilité d'une horreur qui n'est pas d'abord narrative. Elle ne demande pas seulement ce qui va arriver. Elle demande comment le monde se sent au moment où quelque chose arrive. Cette différence compte. Un film de peur raté explique beaucoup et fait sentir peu. Un film juste peut presque se passer d'explication si la matière du plan travaille assez.
La présence d'Ugolini rappelle aussi que les noms moins connus sont essentiels à la santé du genre. Ils empêchent la cartographie de se réduire aux classiques et aux franchises. Ils rendent visibles les bords, les essais, les collaborations, les gestes ponctuels où se fabrique une autre relation à la peur. CaSTV ne conserve pas seulement des monuments. Il conserve des intensités.
Pour regarder Laura Ugolini, il faut donc accepter une approche sensorielle. Imaginer une image où le danger n'entre pas par la porte, mais par la texture même de la porte. Imaginer un corps qui comprend l'horreur avant de la nommer. Imaginer une beauté qui colle un peu trop à la peau. Dans ce cinéma possible, la peur n'est pas une idée. Elle est une matière qui touche, et qui laisse une trace.
