https://cabaneasang.tv/fr/director/lam-nai-choi/
Lam Nai-Choi - director portrait

Lam Nai-Choi

Il suffit de prononcer The Cat ou Riki-Oh: The Story of Ricky pour comprendre que Lam Nai-Choi n'a jamais considéré le bon goût comme une obligation. Son cinéma vient de Hong Kong, mais aussi d'un moment historique bien particulier, celui des années 1980 et des années 1990 où l'industrie locale savait fabriquer des films capables de passer de l'horreur au slapstick, du fantastique à la satire carcérale, du grotesque à l'explosion sanguinolente sans demander la permission. Lam Nai-Choi est l'un de ces artisans déchaînés pour qui l'excès n'est pas un accident. C'est la règle du jeu.

Ce qui frappe dans son œuvre, c'est la rapidité avec laquelle elle installe un monde où tout peut déborder. Les lois physiques y deviennent négociables, les corps se déforment, les monstres surgissent, la violence s'emballe, et pourtant rien n'y paraît gratuit au sens faible. Le cinéma hongkongais de cette période possédait une énergie industrielle très singulière: il fallait aller vite, fort, inventer des images mémorables avec une liberté de ton que d'autres cinémas avaient perdue. Lam Nai-Choi incarne cette intensité avec une franchise admirable.

Riki-Oh: The Story of Ricky reste peut-être son titre le plus immédiatement canonique, parce qu'il pousse la logique du manga splatter jusqu'à l'hallucination. Membres arrachés, torses ouverts, tyrans de prison ridiculisés, morale simplifiée à coups de poing, tout y est à la fois stupide et sublime. Le film atteint une vérité rare de l'exploitation: quand la démesure est assumée jusqu'au bout, elle devient forme. Lam ne cherche pas à crédibiliser son univers. Il le rend cohérent par la surenchère même. Plus c'est absurde, plus le film trouve sa nécessité.

Mais le réduire au seul délire gore serait insuffisant. Lam Nai-Choi excelle aussi dans l'art de contaminer les genres. The Cat n'est pas seulement un film de créature. C'est une collision entre science-fiction pulp, fantastique domestique, héroïsme pop et folie visuelle. Cette hybridité témoigne d'une époque où le cinéma de genre asiatique n'avait pas encore été lissé par la logique de marque globale. Un film pouvait être trop chargé, trop rapide, trop disparate, et c'est précisément cette hétérogénéité qui en faisait le prix.

Il faut également prendre au sérieux sa mise en scène du ridicule. Chez Lam, la peur et le rire ne s'annulent pas. Ils se nourrissent. Un monstre trop voyant, une brutalité outrée, un acteur poussé à la limite de la caricature, tout cela produit un trouble particulier. On ne sait plus s'il faut admirer l'invention ou rire de l'excès. La bonne réponse est souvent les deux. Lam Nai-Choi comprend que le grotesque n'affaiblit pas l'horreur. Il lui donne une texture plus instable, plus populaire, plus dangereusement jubilatoire.

Dans l'histoire du cinéma hongkongais, sa place est donc essentielle. Non pas celle d'un auteur noble venu purifier l'industrie, mais celle d'un réalisateur qui a su tirer de son chaos même une signature reconnaissable. Il appartient à ces cinéastes qui rappellent qu'une cinéphilie sérieuse doit aussi savoir aimer les formes impures, les films qui bavent, qui crient, qui en font trop. Le prestige culturel oublie souvent que le cinéma est aussi un art de la foire, du mauvais rêve et du numéro impossible.

Lam Nai-Choi reste l'un des grands noms de cette tradition. Ses films ne demandent pas une défense embarrassée. Ils imposent une évidence plus franche: lorsqu'un cinéma populaire ose tout, il touche parfois à une forme de liberté que les œuvres plus respectables n'approchent jamais.

Suggérer une modification