Koki Mitani
Il faut entrer chez Koki Mitani par la mécanique collective de Welcome Back, Mr. McDonald, cette farce radiophonique où une simple pièce enregistrée en direct se dérègle en cascade. Tout est déjà là: l'amour de l'ensemble, le goût du chaos minutieusement réglé, la fascination pour les institutions du spectacle et leurs petites tyrannies, surtout la conviction qu'une comédie réussie n'est jamais une affaire de légèreté vague mais de précision quasi horlogère. Mitani est un cinéaste du tempo avant d'être un cinéaste du gag.
Dans le Japon des Années 1990 puis des Années 2000, il occupe une place singulière. On l'associe volontiers à la comédie populaire, parfois à tort comme si cela réduisait son ambition. En réalité, Mitani travaille une tradition théâtrale et cinématographique extrêmement exigeante, où le collectif, la confusion hiérarchique et la panique de façade deviennent des instruments d'analyse sociale. Ses films montrent des groupes en train de tenter, désespérément, de maintenir la fiction de leur compétence.
The Uchoten Hotel ou All About Our House prolongent admirablement cette logique. Ce qui pourrait n'être qu'un enchaînement de quiproquos devient une étude des espaces où les individus doivent cohabiter tout en jouant leur rôle: hôtel, studio, maison, plateau, administration. Mitani sait que la comédie est une question d'architecture. Les couloirs, les portes, les rendez-vous manqués, les informations mal distribuées, les positions de statut à défendre, tout cela compose une chorégraphie du vivre ensemble sous pression.
Il faut souligner combien son cinéma se nourrit du théâtre sans jamais se figer dans le théâtralisme. Mitani aime les ensembles, les dialogues ciselés, les effets de retour, les personnages secondaires qui prennent soudain le centre. Mais il comprend aussi ce que la caméra peut ajouter: circulation, densité, précision des ruptures de rythme. Le Comédie chez lui n'est pas une simple captation de texte brillant. C'est une mise en scène du collectif comme organisme fragile.
Sous la drôlerie, il y a souvent une vraie mélancolie. Les personnages de Mitani veulent bien faire, sauver l'événement, préserver une dignité, empêcher le désastre, et c'est précisément cette volonté qui les rend touchants. Le monde qu'il filme n'est pas cynique au sens où toute valeur y serait morte. Il est plutôt fatigué, contradictoire, encombré de procédures et de petites vanités. Ses films y cherchent encore une forme de grâce temporaire: le moment où, malgré tout, une communauté fonctionne.
Cette attention au groupe distingue Mitani d'une partie de la comédie contemporaine plus occupée par l'effet isolé ou la performance individuelle. Chez lui, le rire naît de la circulation entre les personnes, de la manière dont une erreur rebondit, se déforme, devient catastrophe commune. C'est une conception presque morale de la mise en scène. Le chaos ne détruit pas seulement l'ordre; il révèle comment chacun dépend des autres, y compris lorsqu'il rêve d'autonomie ou de contrôle.
Dans le paysage du cinéma japonais, souvent lu depuis l'épure, la violence ou le prestige d'auteur, Mitani rappelle une autre possibilité: celle d'un cinéma populaire sophistiqué, construit avec une rigueur d'artisan majeur, capable d'être immédiatement plaisant et secrètement très savant. Il n'a pas besoin de se déguiser en oeuvre importante pour l'être. Sa compréhension du rythme, de l'espace social et du jeu d'ensemble suffit largement.
Voir Koki Mitani aujourd'hui, c'est retrouver la noblesse discrète de la grande comédie d'organisation. Ses films savent qu'un groupe humain est toujours à deux pas de la catastrophe, mais aussi qu'une catastrophe bien filmée peut révéler des liens, des faiblesses et des élans qu'aucun discours sérieux ne saurait mieux capter. Dans un cinéma souvent obsédé par l'exceptionnel, Mitani rappelle la puissance dramatique d'un collectif en train de tenir, puis de dérailler, sous nos yeux.
Filmographie
