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John McNaughton - director portrait

John McNaughton

Henry: Portrait of a Serial Killer reste l'un des chocs les plus sales et les plus lucides du cinéma américain des années 1980, et il définit à lui seul le territoire de John McNaughton : un territoire où la violence ne sert jamais de simple attraction, où le grotesque et la banalité s'additionnent, et où le regard porté sur l'Amérique populaire demeure profondément inquiet. McNaughton a rarement eu la reconnaissance correspondant à l'âpreté de son meilleur cinéma, peut être parce qu'il refuse précisément tout confort d'interprétation.

Avec Henry: Portrait of a Serial Killer, il ne mythifie pas le tueur, ne psychologise pas à outrance, ne transforme pas le sordide en opéra. Le film frappe parce qu'il retire au spectateur presque toutes les médiations habituelles. La violence y surgit dans des espaces ordinaires, avec une économie de moyens qui la rend plus honteuse encore. McNaughton comprend que l'horreur la plus durable naît quand le cinéma cesse d'offrir une distance esthétique rassurante. Ce n'est pas un film qui exhibe la transgression. C'est un film qui la laisse contaminer le tissu même du quotidien.

Son œuvre ne se réduit pourtant pas à ce monument de noirceur. Mad Dog and Glory ou Wild Things montrent un cinéaste capable de glisser vers d'autres formes sans perdre son goût du trouble moral. Wild Things, notamment, est plus qu'un thriller érotique malin. C'est une machine à faux semblants qui prend très au sérieux la corruption des apparences, le désir comme stratégie, la richesse comme environnement de mensonge. McNaughton y joue avec les conventions du film de studio tardif pour mieux révéler l'obscénité de ses fantasmes sociaux.

Ce qui relie ces films, c'est une intelligence très nette des rapports entre spectacle et pourriture. McNaughton sait que le cinéma américain aime styliser ses pulsions, mais lui préfère souvent les exposer avec une sécheresse narquoise. Il n'a pas la posture du moraliste indigné. Il possède quelque chose de plus dérangeant : la capacité à montrer que la cruauté, le voyeurisme et l'opportunisme sont déjà largement distribués dans le monde social. Le monstre n'est jamais si loin des formes ordinaires de la prédation.

Dans les années 1990, sa trajectoire a pu paraître dispersée, entre studio, télévision et projets plus marginaux. Pourtant, cette dispersion révèle aussi la difficulté pour un tel regard de s'installer durablement dans l'industrie. McNaughton n'est pas un faiseur neutre. Même lorsqu'il s'inscrit dans des formats plus commerciaux, il garde un sens du malaise qui détraque la consommation tranquille. Ses personnages sont souvent pris dans des systèmes de manipulation où la séduction se paie très cher.

Formellement, il n'est pas un styliste ostentatoire. Sa force tient à la précision du ton, à une manière d'aller droit à l'effet juste sans l'enjoliver. Cela rend ses films plus coriaces que beaucoup d'œuvres plus voyantes. Une scène chez McNaughton peut sembler simple, puis s'installer comme un résidu moral très difficile à dissiper. Il comprend le poids d'un silence, d'un regard, d'une coupe brutale.

Dans une histoire du cinéma de genre, John McNaughton occupe ainsi une place essentielle mais inconfortable. Il rappelle que le serial killer film, le thriller sexuel ou le polar ironique peuvent être autre chose que des jeux de formule. Ils peuvent devenir des instruments de diagnostic sur la brutalité sociale, sur la circulation des fantasmes, sur la manière dont une culture se regarde elle même en produisant ses propres alibis.

Revoir McNaughton aujourd'hui, c'est mesurer à quel point son œuvre a gardé son venin. Elle parle d'une Amérique où les pulsions meurtrières, les jeux de pouvoir et les récits de séduction ne sont pas des exceptions spectaculaires, mais des prolongements à peine maquillés de logiques ordinaires. Peu de cinéastes ont filmé avec autant de sécheresse l'intimité entre le divertissement et le malaise. C'est ce qui fait encore la force très vive de ses meilleurs films.

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