Joachim Huveneers
Dans les deux crédits de Joachim Huveneers au catalogue CaSTV, on perçoit une présence liée aux marges européennes du genre, là où le fantastique avance souvent par atmosphère plutôt que par annonce. Le nom porte une résonance flamande ou belge, et cette piste esthétique compte: la Belgique a donné au cinéma de genre une couleur particulière, faite de banalité inquiétante, d'humour sec, de paysages ordinaires qui semblent cacher une faute ancienne.
Rattacher Huveneers à la Belgique permet de comprendre une tradition où le bizarre n'a pas besoin de se présenter comme exceptionnel. Il peut apparaître dans une rue trop calme, un intérieur administratif, une maison de famille, une zone périurbaine où tout semble fonctionnel mais rien ne respire vraiment. Cette géographie du malaise est précieuse pour l'horreur. Elle refuse les grands décors gothiques et préfère les lieux que l'on traverse sans les regarder, jusqu'au moment où ils nous regardent en retour.
Le cinéma d'horreur européen indépendant a souvent exploité cette puissance du quotidien. La peur n'y vient pas toujours d'une créature. Elle vient d'un décalage minime, d'une logique sociale qui devient absurde, d'un personnage qui obéit trop longtemps à une règle incompréhensible. Huveneers semble devoir être lu dans cette direction: un cinéma de climat, de pression discrète, de gestes qui paraissent normaux jusqu'à ce que leur répétition devienne suspecte.
Le format court, probable dans le cadre de ses crédits, accentue cette qualité. Un court n'a pas besoin d'expliquer l'origine du mal. Il peut se contenter d'en montrer le moment d'entrée. Une visite, une attente, un son, une porte, une consigne: il suffit parfois d'un détail pour que le monde bascule. La force d'un cinéaste réside alors dans sa capacité à ne pas trop appuyer. Le malaise doit se propager, pas être commenté.
Dans les années 2020, cette économie s'est imposée comme une alternative aux horreurs surexpliquées. Les spectateurs de genre sont devenus familiers des mécaniques classiques. Ils attendent autre chose: une sensation, un angle, une étrangeté qui ne se dissout pas dans le résumé. Huveneers, par sa place dans un catalogue spécialisé, représente ce type de geste moins spectaculaire mais souvent plus durable.
Il faut aussi considérer l'importance du ton. Les cinémas belge et flamand savent parfois faire cohabiter le grotesque et l'effroi sans les séparer nettement. Ce mélange est dangereux, parce qu'il peut tourner au simple exercice de style. Mais lorsqu'il fonctionne, il donne à la peur une texture très humaine. On rit parce que la situation est absurde, puis l'on comprend que l'absurde n'offre aucune protection. Il est le mécanisme même du piège.
Cette ambiguïté intéresse CaSTV. Le catalogue d'horreur ne doit pas seulement classer les films selon leurs monstres ou leurs méthodes de meurtre. Il doit reconnaître les zones où le genre se contamine avec le drame, la satire, le fantastique social, l'inquiétante étrangeté. Joachim Huveneers appartient à cette zone d'interférence. Son intérêt tient peut-être moins à une iconographie immédiatement reconnaissable qu'à une manière de laisser le réel devenir instable.
Regarder un cinéaste comme Huveneers, c'est accepter que la peur puisse être basse, presque horizontale. Elle ne surgit pas forcément d'en haut ou d'en bas. Elle circule à hauteur de regard, dans des endroits éclairés, dans des comportements polis, dans des silences où personne ne sait s'il faut encore sourire. Ce type d'horreur est difficile à vendre en une phrase, mais il travaille longtemps après la projection.
