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Jim Groom

Jim Groom évoque d'abord, par son nom même dans un catalogue de genre, une pratique située du côté de l'indépendance rugueuse, là où l'inventivité doit compenser l'absence de confort industriel. C'est un terrain précieux pour l'horreur. Le genre y retrouve souvent une nervosité qu'il perd dès qu'il devient trop bien élevé. Ce qu'on peut attendre d'un cinéaste comme Groom, et ce qui fait son intérêt, c'est moins une maîtrise académique des formes qu'une capacité à faire exister un malaise direct, fabriqué avec peu mais tenu fermement.

Cette orientation suppose un rapport franc aux moyens. Au lieu de dissimuler les limites de production derrière des artifices, un bon réalisateur de cette sphère les absorbe dans son style. Image serrée, espace réduit, jeu plus abrupt, montage nerveux: autant d'éléments qui peuvent devenir des ressources plutôt que des excuses. Groom semble relever de cette logique. Ses films ne demandent pas qu'on les regarde en surplomb, comme des objets mineurs qu'il faudrait valoriser par charité. Ils demandent qu'on reconnaisse ce que le cinéma de genre indépendant sait parfois faire mieux que le reste: aller droit à la sensation sans perdre sa cohérence.

Dans le paysage des Années 2010 et des Années 2020, cette position compte. Une partie du fantastique contemporain s'est institutionnalisée, raffinée, parfois assagie. En parallèle, des cinéastes plus périphériques ont continué de travailler une peur moins policée, plus proche de l'accident, de la contamination, du coup porté vite. Groom paraît appartenir à cette seconde famille. Il n'en ressort pas un cinéma brouillon par principe, mais un cinéma qui garde le goût du risque et de l'aspérité.

L'une des forces possibles de ce type de travail tient à la présence des corps. Là où un film plus lisse corrige, harmonise, psychologise, Groom peut laisser affleurer une énergie plus brute. Les personnages deviennent alors des présences exposées plutôt que des constructions bien fermées. Pour l'horreur, c'est souvent un avantage. La peur circule mieux quand les êtres semblent déjà un peu en déséquilibre avec le monde qui les entoure.

Il faut aussi défendre la modestie d'échelle quand elle est pensée comme stratégie. Un bon film de genre n'a pas besoin d'ouvrir sur une cosmologie complète ou un lore interminable. Il lui suffit parfois d'un lieu contaminé, d'un conflit simple, d'une progression sûre. Groom paraît miser sur cette concentration. Le cadre restreint n'appauvrit pas le film; il augmente la pression. Plus l'espace est réduit, plus chaque geste compte. Plus le film se tient près de sa menace, moins il peut tricher.

Cette manière rappelle quelque chose d'essentiel: l'horreur n'est pas un concours de sophistication. C'est un art du dérèglement exact. Si Jim Groom intéresse, c'est parce qu'il semble viser cette exactitude-là avec des outils directs. Pas de rhétorique superflue, pas de prestige emprunté, mais une croyance dans l'efficacité du dispositif bien tenu. À l'heure où tant de films veulent d'abord commenter leur propre intelligence, ce refus de la sur-explication a presque valeur de principe.

Regarder Groom, c'est alors retrouver un certain tranchant du cinéma de genre indépendant. Un cinéma qui ne s'excuse pas d'être modeste, parce qu'il sait convertir cette modestie en proximité, en nervosité, en présence. Ce n'est pas la plus bruyante des places dans le paysage contemporain. C'est peut-être l'une des plus nécessaires.

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