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Jérôme Vandewattyne

Avec Spit'n'Split, puis plus nettement encore avec The Belgian Wave, Jérôme Vandewattyne s'installe dans une Belgique où la culture populaire, l'absurde régional et la paranoïa médiatique composent un terrain de jeu extraordinairement fertile. Il faut partir de là, de cette texture locale très marquée, pour comprendre son cinéma. Vandewattyne n'est pas un formaliste froid qui utiliserait le bizarre comme simple décoration. Il travaille au contraire depuis une mémoire collective précise: folklore wallon, télévision de province, mythologies ufologiques, énergie punk, goût de la farce qui finit par révéler un malaise plus profond. C'est ce mélange qui le rend passionnant pour le cinéma fantastique contemporain.

Le grand mérite de Vandewattyne est de ne jamais aseptiser son matériau. Beaucoup de films "étranges" paraissent fabriqués pour des spectateurs qui veulent du bizarre sans risque, du décalé parfaitement balisé. Lui préfère la rugosité. Ses images ont quelque chose de sale au bon sens du terme: elles gardent la trace des lieux, des visages, des accents, des cultures périphériques. Cela donne à son cinéma une présence très concrète. Même lorsqu'il bascule vers le délire, il reste arrimé à des corps, à des idiomes, à des milieux qui ne demandent pas la permission d'exister à l'intérieur d'un bon goût festivalier international.

Cette matérialité locale explique pourquoi la Belgique y importe autant. Vandewattyne ne filme pas un nulle part interchangeable. Il filme un pays de zones frontalières, de modestie ironique, de croyances recyclées, d'identités en friction. Il y a dans ses films une manière très belge de faire cohabiter le grotesque et l'inquiétant. Le rire n'y annule jamais complètement la menace. Il la déplace, la diffère, parfois même la rend plus perfide. On rit, puis l'on se demande de quoi exactement. C'est souvent le signe qu'un film a trouvé le bon ton.

Sa relation à la musique, à la performance et à la culture rock mérite aussi d'être soulignée. Chez lui, l'énergie scénique n'est pas un simple supplément de style. Elle participe à une vision du monde où le spectacle populaire peut devenir une chambre d'écho pour les obsessions collectives. Cela rejoint une longue tradition du cinéma belge et européen qui comprend que le kitsch, le mauvais goût apparent, le cabaret ou la fête locale peuvent être des machines critiques redoutables. Vandewattyne sait très bien cela. Il transforme des formes supposées mineures en vecteurs de hantise.

On pourrait le situer dans les années 2010 et années 2020 comme l'un de ces cinéastes qui ont réinvesti le patrimoine de série B sans nostalgie muséale. Il ne cherche pas à imiter servilement des modèles. Il les absorbe, les contamine par sa propre géographie mentale, puis les recrache sous une forme neuve. Cette liberté lui permet d'aller chercher autant du côté de l'ufologie pop que de l'horreur, du faux documentaire, du sketch halluciné ou de la chronique de bande. Ce brassage pourrait être dispersé. Il ne l'est pas, parce qu'une même logique le traverse: faire sentir que le réel provincial est déjà plus bizarre que n'importe quelle invention lisse.

Il y a enfin dans son travail un rapport très juste à la croyance. Les personnages, les communautés, les récits médiatiques qu'il met en scène ne cessent de fabriquer des fictions pour donner forme à ce qui les déborde. Or Vandewattyne ne se moque jamais de ce besoin. Il en voit la drôlerie, certes, mais aussi la nécessité. Le mythe est parfois ridicule, mais il remplit un vide. Il relie des gens. Il donne une silhouette à l'inexplicable. Cette intelligence du besoin de récit donne à ses films une profondeur inattendue sous leur façade joueuse.

Jérôme Vandewattyne apparaît ainsi comme un cinéaste du folklore contemporain, au sens le plus vivant du terme. Pas le folklore sanctuarisé des brochures patrimoniales, mais celui qui circule encore dans les rumeurs, les radios, les scènes locales, les vieilles affaires jamais tout à fait classées. Son cinéma aime les marges, les fausses pistes, les vérités racontées de travers. C'est exactement ce qui le rend précieux. Il rappelle que le fantastique n'a pas besoin d'aller chercher très loin ses puissances d'inquiétude. Il lui suffit parfois d'écouter ce qu'une région se raconte le soir, entre deux blagues, lorsqu'elle ne sait plus très bien si elle croit encore à ses propres fantômes.

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