https://cabaneasang.tv/fr/director/james-glickenhaus/
James Glickenhaus - director portrait

James Glickenhaus

Avec The Exterminator, James Glickenhaus a frappé au coeur du cinéma urbain sale du début des Années 1980: une ville agressive, une violence de rue omniprésente, un désir de justice qui a déjà commencé à pourrir de l'intérieur. Son cinéma se comprend à partir de cette brutalité sans vernis. Il n'appartient pas au panthéon confortable des auteurs policés. Il vient d'un moment américain où l'action et le thriller servaient aussi de baromètre à la paranoïa sociale, à la fatigue des institutions et à la tentation vigilante.

Glickenhaus filme New York et ses alentours comme des espaces où l'ordre public semble à la fois omniprésent et incapable. Cette contradiction nourrit toute l'énergie de ses meilleurs films. Les rues sont pleines, mais personne n'y est protégé. Les forces de l'ordre existent, mais elles arrivent toujours un peu trop tard ou un peu trop peu. À partir de là, le héros d'action n'est plus seulement un fantasme de puissance. Il devient le symptôme d'un imaginaire collectif malade, désireux de croire qu'un individu durci pourrait compenser l'échec du système. Glickenhaus sait très bien ce que cet espoir a de toxique, même lorsqu'il en exploite la force spectaculaire.

C'est ce mélange d'exploitation et de lucidité qui rend son travail plus intéressant que beaucoup de produits de la même époque. Oui, ses films aiment les armes, les poursuites, les corps frappés, les rues sales et les affrontements tendus. Mais ils aiment tout cela dans un monde déjà corrompu, déjà abîmé, où la violence n'a rien de purificateur. Elle s'ajoute à la violence. Elle prolonge une maladie. C'est précisément ce qui rapproche parfois son cinéma de l'horreur sociale. Le monstre n'est pas seulement dans l'ennemi. Il rôde dans la solution elle-même.

La mise en scène de Glickenhaus ne cherche pas l'élégance abstraite. Elle veut frapper vite, tenir l'espace et maintenir la pression. Cette franchise formelle participe de son efficacité. Les environnements urbains y gardent une rugosité physique que beaucoup de films d'action ont ensuite perdue dans la surchorégraphie ou le lissage. Chez lui, les lieux ont une température, un bruit, une saleté. Le monde matériel n'est pas interchangeable. Il oppose une résistance. C'est une qualité essentielle dans le cinéma de genre, surtout lorsqu'il veut parler d'une société qui se délite.

Il faut également prendre au sérieux son rapport au temps historique. Les États-Unis du tournant des années Reagan, hantés par la criminalité urbaine comme spectacle médiatique et fantasme politique, forment le véritable arrière-plan de son oeuvre. Glickenhaus ne se contente pas de capter cette ambiance. Il en tire des récits où l'obsession sécuritaire apparaît à la fois compréhensible et profondément inquiétante. Ses films ne résolvent pas cette contradiction. Ils la mettent en circulation, ce qui suffit déjà à leur donner une tension morale plus complexe qu'on ne l'admet souvent.

Dans les Années 1990, alors que l'action américaine s'est reconfigurée autour d'autres modèles, la singularité de Glickenhaus apparaît encore mieux. Il représente une ligne dure, urbaine, méfiante, dont le goût n'est jamais totalement propre. On peut discuter son imaginaire, il le faut même, mais on ne peut pas nier son impact. Il filme la pulsion de punition comme peu de cinéastes ont su le faire: non comme une abstraction héroïque, mais comme une contamination du corps social.

James Glickenhaus reste un nom utile parce qu'il rappelle une vérité peu confortable. Le cinéma populaire ne reflète pas seulement les angoisses d'une époque, il en fabrique aussi les formes désirables. Chez lui, cette fabrication est si nue, si agressive, qu'elle devient impossible à regarder innocemment. C'est là que son travail continue d'inquiéter, et donc d'intéresser.

Suggérer une modification