https://cabaneasang.tv/fr/director/hooman-atiyabi/
Hooman Atiyabi - director portrait

Hooman Atiyabi

Hooman Atiyabi arrive par l'Iran, et cette seule donnée change le poids du fantastique: ici, l'horreur ne peut pas être séparée de la censure, du symbole, de la maison comme espace politique. Le cinéma iranien a souvent appris à dire indirectement ce qui ne pouvait pas être montré frontalement. Cette contrainte n'affaiblit pas le genre. Elle peut le rendre plus aigu, parce qu'elle oblige la peur à passer par les gestes, les silences, les seuils, les interdits.

Avec un seul crédit dans CaSTV, Atiyabi ne se donne pas comme un auteur déjà cartographié. Il apparaît plutôt comme une entrée vers une tradition où le fantastique doit négocier chaque apparition. Le cinéma d'horreur iranien n'a pas la même histoire industrielle que ses équivalents américain, japonais ou coréen. Il travaille souvent à plus basse intensité, dans des espaces domestiques et moraux où le surnaturel peut devenir une manière de parler d'oppression, de culpabilité, de famille, de désir empêché.

Le prénom Hooman, très humain dans son écho anglophone involontaire, ajoute une ironie discrète. L'horreur iranienne la plus forte ne vient pas toujours d'un monstre extérieur. Elle vient de ce que l'humain accepte, tait ou reproduit. Une porte fermée, un voile, une présence dans la pièce voisine, un voisinage qui écoute, une règle sociale qu'on ne peut pas nommer: ces éléments suffisent à charger le cadre. Le danger n'a pas besoin de hurler s'il possède déjà la loi.

Les années 2020 ont rendu plus visible un cinéma iranien de la tension, nourri par la crise politique, l'exil, la surveillance et la fatigue collective. Dans ce contexte, le fantastique devient une forme d'intelligence. Il ne contourne pas le réel pour fuir. Il le condense. Il donne un visage ou une absence de visage à ce qui pèse sur les corps. Atiyabi peut être reçu dans cette lumière: comme une présence rare qui rappelle le potentiel politique de la peur.

Il faut résister à la tentation de réduire tout cinéma iranien à l'allégorie. L'allégorie peut devenir une prison critique si elle transforme chaque image en message codé. Le genre vaut aussi pour sa matière: le son d'un appartement, la durée d'un regard, la géométrie d'une pièce, la peur enfantine d'avoir enfreint une règle incompréhensible. Atiyabi intéresse justement parce qu'il se tient à l'endroit où le symbole et la sensation peuvent se rejoindre.

CaSTV a besoin de cette ouverture vers l'Iran. Elle rappelle que l'horreur mondiale ne se limite pas aux pays où le genre est une industrie évidente. Dans certains contextes, un seul film fantastique peut porter une charge particulière, parce qu'il fait travailler des interdits plus lourds. La rareté devient alors un indice de pression plutôt qu'un signe de faiblesse.

Hooman Atiyabi occupe donc le catalogue comme une figure de seuil. Il indique un cinéma où la peur n'est jamais purement privée, où la maison peut contenir l'État, où le non-dit possède la densité d'une apparition. L'horreur, dans cette perspective, n'a pas besoin de sortir de l'ombre. Elle est déjà dans la règle que tout le monde connaît, dans le regard qui vérifie si vous l'avez respectée, dans le silence qui suit lorsque vous ne l'avez pas fait.

Suggérer une modification