https://cabaneasang.tv/fr/director/harrison-houde/
Harrison Houde - director portrait

Harrison Houde

Avec The Day Don Died, Harrison Houde s'attaque à un territoire ingrat et donc stimulant: la petite communauté canadienne travaillée par l'ennui, l'embarras social et la pulsion de dérapage. Son cinéma semble partir d'un constat très simple: dans les villes de taille modeste, rien n'est jamais complètement caché, mais rien n'est franchement avoué non plus. Cette zone de demi-visibilité nourrit une comédie noire où les affects circulent sous forme de rumeurs, de postures, de maladresses viriles et de tristesses mal digérées. Houde ne cherche pas à ennoblir ce milieu. Il le prend comme il est, avec sa vulgarité, son énergie, son besoin de spectacle pauvre.

Ce point de départ compte, parce que le cinéma canadien anglophone tombe souvent dans deux pièges symétriques: l'indie mélancolique sursignifié ou la satire forcée qui se moque de ses personnages pour compenser son manque de regard. Harrison Houde évite les deux. Il sait que le ridicule d'un groupe humain peut être filmé sans mépris, et que la petitesse sociale devient intéressante dès lors qu'on lui accorde une vraie consistance. Chez lui, les personnages ne sont pas des types comiques plaqués. Ils sont produits par un environnement, par une classe, par des codes masculins usés, par une idée réduite de ce qu'une vie réussie devrait être.

Son sens du ton mérite qu'on s'y arrête. Houde navigue entre le grotesque et le pathétique avec une sûreté qui rappelle que la comédie noire n'est pas seulement une affaire de bons mots. C'est une question de distance morale. Il faut être assez près des personnages pour sentir leur détresse, assez loin pour percevoir le ridicule de leurs stratégies. Harrison Houde possède précisément cette distance. Il laisse les scènes respirer, il comprend qu'un silence mal tenu peut être plus drôle qu'une réplique brillante, et il sait que le malaise constitue souvent la vraie matière comique du drame contemporain.

L'ancrage en Canada n'est pas un simple contexte administratif. Il informe toute une texture de relations, de paysages secondaires, de sociabilité un peu claquée où les gens s'observent sans toujours se comprendre. Le cinéma de Houde capte quelque chose de très exact sur ces milieux qui ne sont ni la grande métropole glamour ni le folklore rural. Il s'intéresse à l'entre-deux, au suburbain fatigué, aux existences qui rêvent plus grand que leur horizon mais n'ont pas vraiment les moyens symboliques de ce rêve.

Cette sensibilité le situe bien dans les années 2020, moment où beaucoup de jeunes cinéastes reviennent à des formes de réalisme plus sales, plus ironiques, moins soucieuses de plaire par la pure correction psychologique. Houde participe à cette évolution tout en gardant un tempérament personnel. Il ne cherche pas la coolitude, encore moins le nihilisme chic. Son humour a quelque chose de physique et de social. Il naît d'une communauté où tout le monde joue un rôle trop petit pour lui, mais continue tout de même à le jouer.

On pourrait souhaiter parfois un geste plus ample, un souffle moins contenu par le petit format de la chronique. Mais cette limitation fait aussi partie de sa vérité. Harrison Houde travaille un monde où les ambitions tournent court, où les affects s'expriment mal, où le spectaculaire lui-même reste provincial. Il aurait été faux de filmer cela avec une élégance trop affirmée. Sa mise en scène doit rester un peu rugueuse, un peu embarrassée, fidèle à la matière qu'elle observe.

Harrison Houde compte parce qu'il comprend qu'une communauté apparemment banale peut révéler des tensions très justes sur la masculinité, le statut, le désir de reconnaissance et la stagnation sociale. Son cinéma ne transforme pas la médiocrité en fable morale. Il la regarde comme un mode de vie, parfois drôle, souvent triste, toujours parlant. C'est déjà beaucoup, et c'est plus rare qu'on ne le croit.

Suggérer une modification