Glenn Danzig
Verotika installe Glenn Danzig au cinéma comme on ouvre une bande dessinée d'horreur trouvée dans une chambre trop noire: poses outrées, désir figé, démonologie de papier glacé, sérieux absolu devant le ridicule possible. Il ne faut pas l'aborder comme un cinéaste venu chercher la respectabilité. Danzig arrive avec toute une mythologie déjà bâtie par la musique, les pochettes, les comics et un imaginaire gothique qui préfère l'excès à la correction.
La place de Danzig dans l'horreur est indissociable de son histoire musicale. Avec Misfits, Samhain puis Danzig, il a contribué à fabriquer une esthétique où le punk, le metal, les vieux monstres et le fétichisme occulte se mêlent sans demander pardon. Quand il passe à la réalisation, il ne découvre pas le genre: il transporte un univers qui existait depuis des décennies sous forme de chansons, de logos, de crânes, de corps musclés et de fantasmes pulp. Le cinéma devient un autre support pour une imagerie déjà saturée.
Cette continuité explique à la fois l'intérêt et les limites de ses films. Dans le cinéma d'horreur, Danzig travaille moins la peur que l'icône. Ses images veulent être des vignettes, des couvertures, des tableaux de désir et de menace. Le mouvement dramatique compte parfois moins que la posture. Un personnage entre dans le cadre comme s'il posait pour une affiche. Une réplique semble sortir d'une bulle. La scène peut paraître maladroite si l'on attend du naturalisme, mais elle devient plus lisible si on la regarde comme du pulp filmé avec une foi étrange.
Il y a chez lui une fidélité très visible aux marges des années 1980 et aux survivances vidéo des années 1990. Même lorsque les films sont récents, ils semblent rêver d'une époque où l'horreur circulait en cassettes, en magazines spécialisés, en jaquettes interdites aux enfants. Cette nostalgie n'est pas élégante. Elle est frontale, parfois embarrassante, souvent fascinante parce qu'elle refuse l'ironie protectrice. Danzig ne cite pas le mauvais goût pour le neutraliser. Il l'habite.
Son cinéma est donc à prendre comme un objet de culte potentiel plutôt que comme une réussite académique. Il y a des cinéastes qui polissent leurs obsessions jusqu'à les rendre acceptables. Danzig fait l'inverse: il laisse les angles, les lourdeurs, les fixations. Cette absence de filtre peut produire des moments de stupeur, où l'on ne sait plus si l'image échoue ou si elle atteint une forme d'étrangeté involontairement pure. Dans le genre, cette frontière a toujours été féconde. Les films de minuit vivent souvent de ce genre d'incertitude.
Le lien avec le cinéma fantastique est également évident, mais chez Danzig le fantastique n'ouvre pas un monde merveilleux. Il sert à amplifier des fantasmes corporels, des pactes, des malédictions, des apparitions de femmes fatales et de créatures morales. Son imaginaire reste profondément adolescent au sens le plus chargé du terme: fascination pour la transgression, pour la chair stylisée, pour les signes occultes, pour le pouvoir de l'interdit. Ce n'est pas une faiblesse en soi. L'horreur a toujours gardé une part adolescente, une énergie de chambre fermée où l'on colle au mur les images que le bon goût réprouve.
Pour CaSTV, Glenn Danzig représente une forme d'auteurisme brut, presque têtu. Ses deux crédits dans le catalogue ne demandent pas seulement à être évalués selon les critères du cinéma narratif classique. Ils doivent être lus comme la prolongation d'une iconographie personnelle, avec ses obsessions intactes et ses maladresses productives. On peut rire, reculer, lever les yeux, puis reconnaître que peu de films contemporains assument avec autant de candeur noire leur désir d'être des artefacts maudits.
Danzig ne modernise pas l'horreur. Il la ramène vers un sous-sol mental où le rock, le comic book et le fantasme gothique n'ont jamais cessé de se parler. C'est là que son cinéma trouve sa place: non dans la finesse, mais dans la persistance d'un imaginaire qui préfère être trop voyant que domestiqué.
