Giuseppe Isoni
Dans la constellation italienne des crédits rares, Giuseppe Isoni ressemble à ces noms que le cinéma de genre conserve comme des fragments de pellicule: peu de surface, mais une capacité à rouvrir une ambiance. Un seul crédit dans le catalogue oblige à la précision. Il ne faut pas transformer le silence autour d'un cinéaste en légende artificielle. Il faut plutôt observer ce que cette présence minimale permet de penser: l'horreur comme art des contributions discrètes.
L'Italie a bâti une partie de son prestige horrifique sur des auteurs flamboyants, des titres cultes, des musiques reconnaissables en quelques mesures. Mais cette histoire visible repose aussi sur une multitude de gestes moins célèbres. Assistants, coréalisateurs, artisans, cinéastes d'un film, signatures locales: le genre a toujours fonctionné par strates. Giuseppe Isoni appartient à cette idée du cinéma comme réseau, où l'importance ne se mesure pas seulement au nombre d'oeuvres alignées.
L'horreur italienne, surtout lorsqu'elle s'éloigne des grands noms, révèle souvent une qualité plus brute. Les films ou segments rares ont parfois la maladresse des objets fabriqués à la limite, mais cette limite peut devenir une force. Le spectateur y sent moins la machine industrielle que le désir direct de produire une image inquiétante. Un cadrage un peu trop fixe, une coupe abrupte, une musique appuyée, un décor traité comme s'il possédait un secret: tout cela peut créer une vérité de genre.
Dans les années 1980 et au-delà, l'Italie a connu une transformation profonde de ses circuits populaires. Les formes d'exploitation se sont déplacées, la télévision a changé les habitudes, les budgets ont bougé, les genres se sont fragmentés. Des noms comme Isoni permettent de ne pas raconter cette histoire seulement par ses sommets. Ils rappellent que le cinéma de peur survit aussi dans les marges, dans les productions modestes, dans les objets dont la mémoire est parfois plus vive que leur diffusion.
Ce qui compte alors, c'est la notion d'atmosphère. Un cinéaste rare peut ne pas imposer une signature immédiatement identifiable, mais il peut participer à une certaine température: celle d'un cinéma italien où la peur est toujours liée au lieu, à l'objet, à l'oeil qui observe. Le thriller et le fantastique s'y croisent volontiers. L'enquête mène à la folie, le crime ouvre sur le rituel, le réalisme se fissure au contact d'un détail inexplicable.
Isoni doit être regardé dans cette perspective de circulation. Les catalogues comme CaSTV ne servent pas seulement à célébrer les monuments. Ils gardent aussi les couloirs secondaires ouverts. Or l'horreur est un genre de couloirs secondaires. Elle aime les portes moins fréquentées, les titres dont on parle à voix basse, les noms que l'on découvre par hasard et qui déplacent un peu la carte.
Pour CaSTV, Giuseppe Isoni représente donc une mémoire latérale du cinéma de genre italien. Sa valeur tient à ce qu'elle permet de voir au-delà du canon: une industrie faite de tentatives, de présences ponctuelles, de films qui n'ont pas toujours reçu les grands discours mais qui participent à la même nuit collective. L'histoire de l'horreur serait pauvre si elle ne gardait que les chefs. Elle a besoin aussi de ces signatures rares qui prolongent l'écho dans les pièces voisines.
