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Gianni Di Gregorio - director portrait

Gianni Di Gregorio

Il y a peu de premiers films aussi délicatement désarmants que Mid-August Lunch. Avec ce récit d'un homme un peu dépassé, coincé dans son appartement romain avec plusieurs vieilles dames à charge pendant Ferragosto, Gianni Di Gregorio impose d'emblée une qualité rare: la capacité à faire de l'épuisement quotidien une comédie de l'attention plutôt qu'un exercice de mépris social. Son cinéma tient tout entier dans cette nuance.

Di Gregorio filme des personnages fatigués, modestes, souvent légèrement à côté de l'efficacité virile et du triomphe social. Mais il ne les transforme jamais en mascottes pittoresques. Il les regarde avec une douceur ferme, assez précise pour laisser paraître leurs défauts, leurs compromis et leurs petites lâchetés. C'est ce mélange de tendresse et de lucidité qui fait le charme très particulier de son œuvre. On y trouve une grâce sans sentimentalité, une ironie sans cruauté.

Dans The Salt of Life, il prolonge cette veine avec une mélancolie plus exposée. Le personnage masculin vieillissant, persuadé qu'il pourrait encore séduire ou recommencer quelque chose, y devient le révélateur d'un monde social où les illusions continuent de circuler alors même que les corps, les finances et les habitudes ont déjà rendu leur verdict. Di Gregorio sait filmer cette zone de décalage entre l'image qu'on a de soi et la vie réelle qui vous rattrape. Peu de cinéastes le font avec une telle légèreté.

On pourrait être tenté de le réduire à un cinéma de petites choses. Ce serait manquer sa profondeur. Les repas, les appartements, les trajets, les discussions avec les voisins ou les proches constituent chez lui une véritable anthropologie de la vie italienne contemporaine. Les crises économiques, les rapports de génération, la fatigue des hommes, le poids des mères, la persistance des rituels domestiques, tout cela travaille ses films en sourdine. Di Gregorio n'en fait jamais un argument. Il laisse les structures se révéler à travers le comportement.

Cette manière de faire l'inscrit pleinement dans l'Italie des Années 2000 et Années 2010, mais à bonne distance du cinéma social démonstratif comme de la comédie purement télévisuelle. Son territoire est plus fragile. Il repose sur l'observation des gestes, sur l'écoute des rythmes domestiques, sur la confiance dans le fait qu'une scène apparemment minuscule peut porter tout un monde. C'est une forme de classicisme, oui, mais un classicisme d'une modestie très travaillée.

Il faut aussi souligner sa présence comme acteur de ses propres films. Ce corps légèrement voûté, cette allure de fonctionnaire débordé ou de célibataire en retard sur lui-même, cette façon d'être à la fois central et effacé, tout cela participe de la tonalité générale. Di Gregorio ne joue pas le grand auteur. Il se met en jeu comme figure parmi d'autres, comme relais d'une expérience commune de l'usure, du désir tardif et de l'arrangement avec le peu.

Pour CaSTV, cette œuvre a sa place parce qu'elle rappelle qu'un cinéma de l'inquiétude douce existe aussi. Il n'y a pas ici de monstre ni de spectre, mais il y a la sensation très nette qu'une époque pousse les êtres à vivre dans des marges de plus en plus étroites, entre obligation familiale, pauvreté discrète et promesses de bonheur devenues presque comiques. Gianni Di Gregorio filme cette condition sans l'accabler. Il y trouve même une élégance. C'est une élégance rare, née non du déni du réel, mais de sa fréquentation patiente.

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