George P. Cosmatos
Avec Cobra, George P. Cosmatos touche à une forme presque pure du fantasme reaganien : néons sales, menace urbaine généralisée, police réduite à la figure d'un justicier solitaire, et mise en scène qui comprend que l'excès doit rester froid pour devenir mythologique. Cosmatos n'est pas simplement un faiseur des Années 1980. Il est l'un des grands organisateurs de la virilité industrielle de cette décennie, un cinéaste capable de donner aux stars et aux scénarios d'action une armature assez nette pour qu'ils accèdent au statut d'icônes de vidéoclub.
Sa trajectoire, entre l'Italie, Hollywood et diverses coproductions internationales, explique en partie cette singularité. Cosmatos n'a pas l'identité nationale immédiatement stable de certains de ses contemporains. Il travaille dans une logique transnationale du cinéma de genre, là où les savoir-faire circulent entre péplum tardif, film de guerre, science-fiction, horreur et action musclée. Cette mobilité le rend moins "auteur" au sens noble du terme, mais beaucoup plus intéressant comme architecte de formes populaires extrêmement efficaces.
Rambo: First Blood Part II, Cobra et Leviathan suffisent à dessiner une ligne. Chez Cosmatos, le spectacle repose sur la clarté de la menace et sur la densité de l'environnement. Les jungles, les rues nocturnes, les installations sous-marines, les bases militaires ne sont pas de simples décors. Ce sont des machines à faire circuler la pression. Le spectateur doit sentir qu'un monde entier est structuré par l'affrontement. C'est une qualité essentielle dans l'Action comme dans la Science-fiction.
On a parfois réduit Cosmatos à un exécutant pour stars massives, notamment Sylvester Stallone. C'est vrai qu'il sait servir une persona, lui construire un corridor de visibilité, de gestes, de poses. Mais il faut voir ce que cette compétence implique. Filmer une star d'action, surtout à cette époque, ne consistait pas seulement à l'exposer. Il fallait transformer sa présence en système d'espace et de rythme. Cosmatos comprend parfaitement cette grammaire. Il sait quand isoler le héros, quand le projeter contre une masse ennemie, quand faire d'un accessoire, d'une voiture ou d'une arme un prolongement symbolique du personnage.
Cette maîtrise n'exclut pas une certaine vulgarité, et c'est très bien ainsi. Le cinéma de Cosmatos ne cherche jamais à se purifier. Il aime la frontalité, le chrome, la suie, les silhouettes noires, les slogans virils, les scénarios d'escalade. Pourtant, dans ses meilleurs moments, cette lourdeur devient un style. Cobra est à cet égard fascinant : film presque fasciné par sa propre brutalité, mais si rigoureusement compressé qu'il finit par ressembler à un cauchemar publicitaire de l'ordre armé.
Avec Leviathan, un autre aspect de son talent apparaît. Cosmatos sait aussi habiter le territoire de l'Horreur technologique, du huis clos industriel où la contamination, le monstre et la paranoïa se mêlent à une vraie science du décor. Là encore, il ne réinvente pas le genre. Il en consolide les effets par une mise en place solide, une sensation de poids matériel, un goût pour les espaces fermés transformés en pièges.
Ce qui fait la valeur durable de George P. Cosmatos, c'est précisément cette capacité à donner au cinéma de genre commercial une densité d'exécution qui dépasse la simple fonctionnalité. Il ne théorise rien. Il n'élève pas ses films vers une respectabilité d'art et essai. Il fait mieux dans son registre : il les rend physiques, lisibles, immédiatement mémorisables. Ses images impriment une époque et une idéologie tout en offrant ce que le cinéma populaire promet de plus élémentaire, à savoir une expérience de puissance visuelle.
Revenir à Cosmatos aujourd'hui, c'est revoir un moment où le film d'action et le film de genre hollywoodiens savaient encore être grossiers, compacts, parfois douteux politiquement, mais formellement déterminés. Le spectaculaire y passait par le cadre, le relief des décors, la brutalité du montage, non par la seule inflation numérique. Dans cette histoire-là, Cosmatos occupe une place bien plus centrale qu'on ne le reconnaît souvent.
