George Baron
Avec The Blue Rose, George Baron choisit le néon, le rêve criminel et la fausse élégance du noir pour fabriquer une inquiétude qui semble sortie d'une chambre d'adolescent hantée par les images anciennes. Ce n'est pas un simple exercice rétro. C'est un film qui regarde le passé du cinéma comme une matière toxique, séduisante, impossible à tenir propre. Le style y arrive déjà contaminé.
Baron appartient à une génération pour qui le genre est d'abord une bibliothèque d'images disponibles, mais son intérêt tient à la manière dont il accepte le danger de cette disponibilité. Le thriller et le film noir ne sont pas chez lui des costumes bien repassés. Ils deviennent des pièces où l'air manque. Le détective, le meurtre, la femme fatale, la ville nocturne: autant de signes que l'histoire du cinéma a rendus familiers, et que Baron pousse vers une instabilité plus adolescente, plus fiévreuse, presque somnambulique.
Dans l'horreur, cette approche a du sens parce que la peur contemporaine passe souvent par la mémoire des formes. Nous n'avons pas seulement peur de ce qui arrive. Nous avons peur des images que nous reconnaissons trop vite, des récits qui semblent nous avoir précédés, des genres qui nous attirent en sachant déjà comment nous piéger. The Blue Rose fonctionne dans cette zone de reconnaissance malade. Il ne veut pas que le spectateur se repose dans la citation. Il veut que la citation devienne un couloir.
Le film s'inscrit dans les années 2020, période où beaucoup de jeunes cinéastes travaillent sous l'influence simultanée des classiques, des plateformes, des clips, des archives en ligne et des esthétiques de niche. Ce mélange peut produire du vide, mais il peut aussi produire une belle nervosité. Chez Baron, la surcharge visuelle devient une manière de dire que l'imaginaire n'est plus linéaire. Les images anciennes reviennent sans hiérarchie, comme des fantômes fluorescents. Elles ne demandent pas la permission de hanter le présent.
Il faut prendre au sérieux la jeunesse de ce geste, non comme excuse, mais comme moteur. The Blue Rose a quelque chose d'impur, de trop plein, de volontairement stylisé. Il ne cherche pas la sobriété classique. Il préfère l'excès contrôlé, la couleur qui appuie, le décor qui semble avoir mangé les personnages. Dans un paysage où beaucoup de premiers films se veulent sages pour rassurer l'industrie, Baron choisit une surface risquée. Cette surface peut diviser, mais elle a le mérite de ne pas se camoufler.
Le lien avec le fantastique apparaît dans cette manière de faire glisser le récit policier vers une logique de rêve. Le monde ne se contente pas d'abriter une enquête. Il se dérègle autour d'elle. Les preuves, les visages, les lieux prennent une valeur presque cérémonielle, comme si le film noir était devenu un rituel adolescent rejoué dans une boîte à lumière. L'important n'est pas seulement de découvrir un coupable. C'est de comprendre que l'enquête elle-même a ouvert une dimension moins fiable.
George Baron occupe donc dans CaSTV une place intéressante: celle d'un cinéaste qui arrive au genre par l'amour dangereux des images. Son cinéma ne part pas d'un réalisme à corrompre, mais d'un cinéma déjà rêvé, déjà cité, déjà saturé. L'horreur naît de cette saturation. Elle dit que les styles survivent, qu'ils regardent les nouveaux venus, qu'ils peuvent les posséder. Baron filme comme quelqu'un qui sait que les vieux genres ne dorment pas. Ils attendent qu'on les rallume.
