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Filippo Meneghetti - director portrait

Filippo Meneghetti

Filippo Meneghetti entre dans l'imaginaire par un cinéma de l'étouffement intime, celui où un palier, un appartement voisin, une porte entrouverte suffisent à transformer l'amour en espace de surveillance. Son nom n'est pas d'abord associé au fracas du genre, mais à une tension domestique d'une précision redoutable. Cette précision intéresse CaSTV, parce que l'horreur ne commence pas toujours avec un monstre. Elle commence souvent avec une pièce où l'on ne peut plus respirer librement.

Meneghetti appartient à une tradition européenne qui sait filmer la peur comme une question de proximité. Deux corps trop proches, deux logements séparés par quelques mètres, deux existences contraintes par la norme: tout devient affaire de cadrage. Dans l'horreur psychologique, cette géographie intime compte autant qu'une créature. Le couloir remplace la forêt, la famille remplace la secte, le regard social remplace la malédiction. Le réel, quand il est filmé avec assez de rigueur, devient sa propre prison.

Le parcours de Meneghetti, entre sensibilité italienne et inscription dans le cinéma français, montre que la peur peut naître d'un réalisme très serré. Les grands gestes gothiques ne sont pas nécessaires quand la mise en scène comprend la violence des conventions. Le voisinage, le secret, la respectabilité, l'âge, le désir, la dépendance: ces forces composent une mécanique plus cruelle qu'un dispositif surnaturel. Ce qui hante, ici, n'est pas un revenant. C'est la possibilité que la vie entière ait été organisée pour empêcher certaines vérités de prendre forme.

Dans les années 2020, ce type de cinéma a pris une place particulière dans le paysage du genre élargi. Les frontières entre drame, thriller et horreur se sont faites plus poreuses, non par opportunisme, mais parce que le monde lui-même fournit des architectures d'angoisse. Meneghetti travaille cette porosité avec une conscience aiguë du point de vue. Il ne filme pas la peur comme une attraction, mais comme une condition. Les personnages n'ont pas seulement peur d'être découverts. Ils ont peur d'être niés par l'espace même qu'ils habitent.

C'est là que son cinéma rejoint la sensibilité de Cabane à Sang. CaSTV ne s'intéresse pas seulement aux monstres visibles. La plateforme sait que le genre se loge aussi dans les formes sociales de la contrainte. Chez Meneghetti, l'appartement devient un théâtre de la dépendance, et la porte, cet objet banal, acquiert une puissance presque métaphysique. Elle sépare, protège, accuse, trahit. Elle dit que le monde extérieur n'est jamais simplement extérieur. Il entre par les normes, par les voisins, par la peur de la honte.

Le cinéma de Meneghetti ne demande donc pas qu'on l'arrache au drame pour le forcer dans l'horreur. Il suffit de reconnaître ce que l'horreur fait déjà en lui: elle organise le suspense autour d'une vulnérabilité, elle transforme l'espace domestique en piège, elle donne au silence la densité d'une menace. Peu de cinéastes savent rendre un mur aussi actif. Peu savent faire sentir qu'une adresse, un étage, une routine peuvent former un destin.

Son intérêt tient aussi à son refus du surplomb. Meneghetti ne regarde pas ses personnages comme des cas. Il les enferme avec nous dans une expérience de perception où chaque bruit compte. Ce cinéma croit à la durée, à l'attente, aux regards qui se dérobent. Il sait que le spectateur n'a pas besoin d'être frappé pour être atteint. Il suffit parfois qu'il comprenne exactement ce qu'il en coûtera d'ouvrir une porte.

Dans CaSTV, Filippo Meneghetti occupe une place précieuse: celle d'un réalisateur qui rappelle que l'épouvante peut être réaliste sans devenir plate, sociale sans devenir thèse, intime sans perdre sa puissance de trouble. Son cinéma n'agrandit pas la peur. Il la rapproche, jusqu'à ce qu'elle partage le même palier que nous.

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