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Federica di Giacomo - director portrait

Federica di Giacomo

Il faut partir de Liberami pour parler de Federica di Giacomo, parce que peu de documentaires contemporains ont observé avec autant de calme et de précision la persistance du rite d'exorcisme dans l'Italie actuelle. Le sujet pourrait inviter au sensationnalisme facile, à l'ironie condescendante ou à la pure fascination. Di Giacomo refuse les trois. Elle filme l'exorcisme non comme curiosité folklorique, mais comme fait social, pratique de croyance, théâtre du corps et révélateur d'un malaise collectif. D'emblée, son cinéma se place ainsi à l'intersection du documentaire et d'un imaginaire du horreur que le réel n'a jamais complètement cessé d'alimenter.

Cette position demande beaucoup de rigueur, et c'est précisément ce que son travail possède. Di Giacomo regarde sans rabattre trop vite ce qu'elle voit sur une explication rassurante. Elle n'abandonne pas l'analyse, mais elle n'utilise pas non plus l'analyse pour neutraliser la puissance des situations. Ce qui l'intéresse, c'est la coexistence de plusieurs régimes de vérité dans un même espace. Il y a les institutions religieuses, les souffrances psychiques, les détresses familiales, les attentes de guérison, les gestes répétitifs du rite, les économies affectives qui circulent autour de tout cela. Le film n'a pas besoin de choisir un seul niveau pour être juste. Il doit les tenir ensemble.

Ce maintien de la complexité donne à ses images une force rare. Une salle d'attente, une église, un appartement, un visage épuisé, un prêtre à l'écoute, une crise qui commence : soudain le quotidien contemporain paraît traversé par une autre logique du monde. Non pas un ailleurs absolu, mais une survivance active de croyances et de formes de soin que la modernité laïque n'a pas absorbées. Di Giacomo capte très bien ce point de friction. Chez elle, le réel occidental n'est jamais aussi homogène qu'il aime se raconter.

Dans le contexte de l'Italie des Années 2010, cette démarche a une portée particulière. Le catholicisme y reste une structure profonde, non seulement comme institution, mais comme imaginaire partagé, comme langage de la souffrance, comme manière d'organiser l'expérience de l'invisible. En filmant cet héritage à même les corps et les situations ordinaires, di Giacomo évite autant le reportage exotique que l'essai abstrait. Elle produit un cinéma de présence, d'écoute, de durée, où la croyance et le doute s'observent mutuellement.

Cette qualité explique la circulation naturelle de son travail dans des espaces comme Venice ou Locarno. Ce n'est pas le sujet spectaculaire qui y compte, mais la manière de le tenir. Di Giacomo ne transforme jamais le rituel en simple image forte. Elle le replace dans un tissu social et émotionnel qui le rend à la fois plus concret et plus inquiétant. Car ce qui trouble dans ses films, ce n'est pas seulement la possibilité du démon. C'est la nécessité persistante, pour tant de gens, de nommer leur souffrance à l'aide de figures que la rationalité moderne prétend avoir dépassées.

Au fond, Federica di Giacomo filme une société où l'invisible n'a pas disparu. Il s'est simplement déplacé, parfois précarisé, parfois institutionnalisé, parfois relancé par des détresses que les cadres profanes ne savent pas toujours accueillir. Son cinéma prend cette réalité au sérieux sans renoncer à la distance critique. C'est une ligne difficile, et elle la tient admirablement. Le résultat n'est ni un plaidoyer pour la croyance ni sa réfutation satisfaite. C'est une mise en présence avec un monde où le besoin de rite, de voix et d'expulsion continue de travailler le présent en profondeur.

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