Elienai Assunção
Le crédit brésilien d'Elienai Assunção dans CaSTV ouvre immédiatement vers un territoire où l'horreur ne peut jamais être séparée de la violence sociale, de la religion populaire et du corps collectif. Au Brésil, le genre porte une histoire électrique: dictature, inégalités, carnaval, évangélisme, cultes afro-brésiliens, exploitation urbaine, forêts mythiques, périphéries abandonnées. Assunção apparaît dans cette constellation avec un seul crédit, mais ce seul point suffit à faire entrer beaucoup de tensions dans le champ.
L'horreur brésilienne a souvent été plus politique que ses formes les plus voyantes ne le laissent croire. Même lorsqu'elle passe par le gore, la possession ou le fantastique, elle parle de corps exposés à des systèmes de pouvoir très concrets. Le monstre peut être un visage, mais il peut aussi être une institution, une classe sociale, une mémoire coloniale qui continue de décider qui sera cru, qui sera protégé, qui disparaîtra sans bruit.
Assunção, dans cette perspective, doit être abordé comme un nom situé. Il ne s'agit pas de lui faire porter toute une tradition nationale, mais de reconnaître que son crédit appartient à un pays où la peur a rarement le luxe d'être abstraite. Le cinéma d'horreur brésilien est souvent traversé par une énergie de confrontation. Il ne demande pas toujours au spectateur de contempler l'effroi à distance. Il le pousse vers une matière chaude, contradictoire, parfois excessive, où la terreur et la colère se confondent.
Le nom Assunção lui-même, avec son accent et sa charge religieuse possible, rappelle combien le sacré peut devenir ambivalent dans ces imaginaires. La foi protège, mais elle peut aussi contrôler. Le rite répare, mais il peut aussi exclure. Le miracle promis peut masquer une violence ordinaire. Cette ambiguïté donne au genre une puissance particulière: chaque symbole est double, chaque lieu de refuge peut devenir un lieu de capture.
Il y a là un voisinage évident avec le folk horror, si l'on refuse de limiter ce terme aux villages européens et aux landes brumeuses. Le folk horror brésilien pourrait passer par la forêt, par les cultes, par les fêtes, par les légendes urbaines, par les frontières entre catholicisme, traditions afro-diasporiques et croyances locales. Ce qui compte, c'est la communauté comme force. Elle se souvient, elle juge, elle punit, parfois sans tribunal visible.
Les années 2020 ont donné une visibilité accrue aux cinémas de genre du Sud global, même si cette visibilité reste fragile et dépendante des festivals. Dans ce contexte, un réalisateur comme Elienai Assunção mérite d'être conservé au catalogue non pour remplir une case exotique, mais parce qu'il représente une entrée dans une horreur qui parle depuis un terrain historique chargé. Le Brésil n'est pas un décor pour la peur. Il est une machine de contradictions où la peur trouve des formes très précises.
Assunção demeure une figure brève dans CaSTV, mais son importance est claire: il rappelle que l'horreur se nourrit de géographies blessées. Un seul crédit peut suffire à ouvrir cette lecture. Il faut alors laisser le nom agir, avec ses accents, son pays, son poids de monde. Le cinéma de peur n'est jamais aussi fort que lorsqu'il comprend que le surnaturel n'est pas l'opposé du réel. Il est parfois la seule forme capable de dire ce que le réel organise depuis longtemps.
