Ehsan Namakiravesh
La fiche allemande sans crédit d'Ehsan Namakiravesh installe immédiatement un écart: un nom persanophone possible dans le cadre du cinéma allemand, une identité qui suggère le déplacement avant même que les films n'arrivent. Cette tension suffit à rendre le dossier intéressant. Le fantastique contemporain s'écrit souvent dans ces zones d'entre deux, quand une culture de l'image rencontre une autre mémoire de la peur.
L'Allemagne n'a jamais cessé de hanter le cinéma d'horreur mondial. De l'expressionnisme aux cauchemars industriels, du conte noir aux appartements berlinois trop propres, elle a donné au genre une relation particulière à l'architecture et à la culpabilité. Un nom comme Namakiravesh, encore non rattaché à des crédits catalogués, se place dans un paysage où le passé pèse sur les murs et où les nouvelles générations filment souvent la peur comme un problème de cohabitation: cohabitation des langues, des classes, des souvenirs, des corps.
Il faut parler prudemment, mais pas faiblement. Aucune filmographie visible ne permet d'affirmer une méthode. Pourtant, la fiche ouvre une hypothèse féconde pour CaSTV: celle d'un cinéma de genre européen traversé par la migration, par les héritages iraniens, par les villes où l'on vit dans une langue sans y dormir tout à fait. Le cinéma d'horreur sait très bien accueillir cette sensation. Être chez soi et ne pas l'être, reconnaître une rue mais pas ses codes, entendre une menace dans une bureaucratie ou une cage d'escalier: ce sont des motifs de peur très concrets.
Depuis les années 2010, l'horreur allemande indépendante s'est souvent éloignée de la pure provocation pour chercher des climats plus secs, plus mentaux, parfois plus sociaux. Les films n'ont pas besoin d'un château ni d'un monstre pour devenir oppressants. Il leur suffit d'un appartement loué, d'un voisinage silencieux, d'une caméra qui refuse le confort. Namakiravesh, même à l'état de fiche nue, appartient potentiellement à cette modernité où l'effroi se confond avec l'expérience d'être observé sans comprendre par qui.
La valeur d'une base comme CaSTV se mesure aussi à cette hospitalité envers les noms incomplets. Le réflexe industriel consisterait à ne garder que les profils remplis. La cinéphilie, elle, sait que les archives commencent souvent par des cases presque vides. On y reviendra. Un court apparaîtra, un festival précisera un crédit, une collaboration donnera un contexte. En attendant, le nom agit comme un marqueur de circulation entre Allemagne, diasporas et formes du thriller.
Ehsan Namakiravesh n'est donc pas encore une signature à définir. Il est une possibilité de signature, et c'est déjà quelque chose dans un genre qui vit de possibilités menaçantes. On peut imaginer une horreur des seuils administratifs, des familles déplacées, des langues entendues derrière les portes. On peut aussi se tromper complètement. Mais l'archive n'est pas là pour fermer trop tôt le sens. Elle garde le nom disponible, dans l'attente du film qui viendra lui donner sa température, sa lumière, son premier vrai cauchemar.
