Don Bluth
The Secret of NIMH reste l'œuvre qui dit le plus clairement pourquoi Don Bluth occupe une place à part dans l'animation américaine. Le film prend des matériaux associés au conte pour enfants et y introduit une inquiétude, une densité visuelle et un sens du péril qui échappent à la standardisation familiale. Bluth comprend que l'animation peut être belle sans être lisse, émouvante sans se rendre inoffensive. Chez lui, la menace existe réellement. Les gouffres, les machines, les créatures nocturnes, les tempêtes et les pertes ne sont pas des étapes symboliques sans conséquence. Ils pèsent sur le monde du film.
Son départ de Disney n'a pas seulement valeur d'anecdote industrielle. Il a incarné le désir de retrouver une animation américaine plus artisanale, plus expressive, moins soumise au confort de marque. Cette ambition traverse An American Tail, The Land Before Time ou All Dogs Go to Heaven. Même lorsque les films cherchent un large public, Bluth y installe une gravité singulière. La migration, la mort, l'abandon, la faim, l'errance, autant de thèmes que le cinéma d'animation traite souvent par allusion, deviennent chez lui des expériences concrètes.
Il faut insister sur cette place du sombre. Don Bluth appartient à une tradition où l'enfance n'est pas un sanctuaire à protéger des images difficiles, mais un âge capable d'affronter des récits plus complexes qu'on ne le croit. Cela ne fait pas de lui un auteur de l'Horreur, mais il connaît la puissance des motifs gothiques, de la pénombre, de la métamorphose menaçante. The Secret of NIMH en offre la preuve éclatante. L'étrangeté du laboratoire, l'orage, les yeux dans la nuit, le savoir interdit : tout concourt à créer un conte réellement hanté.
Dans les États-Unis des Années 1980, Bluth a aussi représenté une autre idée de la concurrence esthétique. Alors que l'animation dominante se cherchait entre héritage classique et rentabilité, lui poussait vers un lyrisme plus appuyé, parfois même excessif. Certains de ses films sont irréguliers, sentimentaux, débordants. C'est précisément ce débordement qui les rend vivants. Bluth ne craint pas les émotions franches ni les visions plus grandes que le scénario qui les contient.
Sa mise en scène repose sur une foi dans le mouvement et dans la texture. Les flammes, les fumées, les éclairages colorés, les descentes vertigineuses, les créatures en fuite : le monde de Bluth est intensément animé au sens fort, comme si chaque décor conservait la mémoire physique de la main qui l'a fabriqué. Cette matérialité distingue ses films à l'heure où tant d'images familiales semblent calculées pour glisser sans résistance sur le regard.
Il y a aussi chez lui une compréhension très précise de la vulnérabilité. Ses héros sont souvent petits, déplacés, en retard sur les forces qui les menacent. Une souris, un enfant immigré, un dinosaure orphelin, un chien mort puis revenu : autant de figures définies par la fragilité avant même l'aventure. Bluth sait que l'identification naît d'abord de ce déséquilibre. Le courage compte parce qu'il est mesuré à une disproportion réelle.
Don Bluth n'est donc pas seulement l'alternative nostalgique à Disney que certains récits critiques aiment convoquer. Il est un cinéaste de l'animation qui a défendu, film après film, l'idée qu'un récit pour tous peut accepter l'ombre, la perte et l'intensité. Ses œuvres les plus fortes laissent une impression durable parce qu'elles ne protègent pas complètement le spectateur. Elles lui rappellent que le merveilleux n'est jamais plus vivant que lorsqu'il frôle la catastrophe.
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