Dean Parisot
Avec Galaxy Quest, Dean Parisot a réussi un tour que le cinéma populaire rate presque toujours: se moquer d'une mythologie de fans sans jamais mépriser ceux qui l'habitent. C'est un film de science-fiction comique, bien sûr, mais c'est surtout une méditation extrêmement précise sur les restes de la performance, la fatigue du vedettariat et le besoin collectif de croire encore à des récits plus grands que soi. Parisot n'est pas un auteur au sens canonique du terme, et c'est justement ce qui rend sa réussite intéressante. Il montre qu'un artisan du cinéma américain peut signer une œuvre qui dépasse largement la commande intelligente.
Son cinéma se déploie souvent dans des cadres de genre, avec cette qualité devenue rare à Hollywood: la capacité de comprendre la mécanique sans la traiter comme une formule morte. Galaxy Quest tient parce que Parisot connaît parfaitement la syntaxe de la science-fiction télévisuelle, du film d'aventure spatiale et du buddy movie, mais qu'il sait aussi où glisser l'inquiétude humaine. Les acteurs y jouent des interprètes déclassés, prisonniers d'un rôle qui les a définis. Ce point de départ pourrait n'être qu'une satire gentille. Sous sa direction, il devient une réflexion sur la deuxième vie des fictions, sur ce qu'elles fabriquent chez ceux qui les ont aimées.
Il y a, dans cette réussite des années 1990, quelque chose de plus aigu qu'une simple nostalgie. Parisot comprend que la culture populaire moderne ne fonctionne pas seulement par consommation, mais par dévotion, répétition et transmission. Le fan n'est pas ici un cliché. Il est celui qui prend la fiction au sérieux au point de la rendre agissante dans le monde. Le geste du film consiste alors à inverser les hiérarchies: les professionnels cyniques retrouvent un sens par l'entremise de croyants supposés ridicules. Peu de comédies de studio auront aussi bien saisi cette économie affective.
Lorsque Parisot travaille ailleurs, notamment dans la comédie ou l'action, son nom apparaît moins immédiatement. Mais on retrouve souvent chez lui un goût pour les groupes désaccordés, les personnages forcés de réviser l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, les récits où la compétence naît tardivement, presque à contrecœur. Il filme volontiers des figures un peu usées, pas tout à fait héroïques, qui doivent pourtant assumer une fonction qu'elles croyaient perdue. Cela donne à ses meilleurs films un ton particulier, où l'ironie n'annule jamais la possibilité d'une rédemption modeste.
Sa mise en scène n'a rien de tapageur. Elle est lisible, rigoureuse, suffisamment souple pour laisser respirer les acteurs et suffisamment attentive pour faire exister les mondes de genre sans s'agenouiller devant eux. Ce classicisme relatif explique peut-être pourquoi Parisot est parfois sous-estimé. On parle plus volontiers des cinéastes qui affichent leur style que de ceux qui construisent très solidement un espace de jeu, de rythme et d'équilibre tonal. Pourtant, tenir ensemble la parodie, l'émotion et le spectacle n'a rien d'automatique.
Il faut aussi souligner sa place dans une tradition de la comédie science-fiction qui ne traite pas le genre comme une simple réserve de signes à détourner. Chez Parisot, les codes restent actifs. Ils conservent leur pouvoir d'émerveillement. Le rire naît moins du démontage agressif que du léger décalage entre croyance et réalité, entre rôle joué et rôle assumé. Cette différence est décisive. Elle permet au film de retrouver, au bout du compte, une véritable grandeur narrative.
Dean Parisot n'a peut-être pas bâti une œuvre immédiatement identifiable plan après plan. Il n'en demeure pas moins un metteur en scène précieux, capable de rappeler que le cinéma de studio peut encore toucher juste lorsqu'il traite ses genres comme des formes vivantes et ses personnages comme autre chose que des fonctions.
Dans un paysage saturé d'ironie automatique et de recyclage sans âme, Galaxy Quest reste la meilleure preuve de son intelligence: un film qui comprend que les mythologies populaires survivent moins par leur prestige que par l'attachement têtu de ceux qui continuent d'y habiter.
