Compton Bennett
Madness of the Heart résume assez bien le monde de Compton Bennett : un cinéma britannique d'après-guerre où le mélodrame, la pression psychologique et le sens du décor moral se mêlent dans une mise en scène très consciente des apparences sociales. Bennett n'est peut-être pas le nom le plus souvent avancé lorsque l'on cartographie les grands cinéastes du Royaume-Uni, mais il représente une tradition essentielle, celle d'un classicisme capable de faire de la respectabilité un espace de tension et parfois d'angoisse.
Ses films appartiennent à un moment historique précis, celui des Années 1940 et 1950 où le cinéma britannique affine des formes de drame psychologique très contrôlées. Ce contrôle compte. Chez Bennett, la retenue n'est jamais absence de violence. Elle en est la condition. Les salons, les couloirs, les chambres, les échanges polis deviennent les lieux où se logent le mensonge, la culpabilité et la frustration. Le spectateur comprend vite que l'ordre social n'est pas protecteur. Il sert surtout à retarder l'aveu.
The Seventh Veil reste sans doute son film le plus célèbre, et à juste titre. Le récit de traumatisme, de possession affective et de virtuosité musicale y devient presque un cas d'école du mélodrame psychologique anglais. Bennett y montre une grande sûreté dans la direction d'acteurs et dans l'organisation des révélations. La psychologie, ici, n'est pas une simple profondeur ajoutée au récit. Elle structure la mise en scène elle-même, faite d'enfermements, de retours, de rapports d'autorité opaques.
Ce cinéma peut parfois frôler le Thriller sans en adopter pleinement les codes. C'est là qu'il devient particulièrement intéressant. Bennett comprend que l'angoisse naît moins d'un danger extérieur spectaculaire que de la dépendance affective, de l'emprise, du refoulement. En cela, il participe d'une lignée où le drame sentimental et la terreur domestique ne sont jamais très loin l'un de l'autre. Le cadre classique n'adoucit pas cette violence. Il lui donne au contraire une forme plus insidieuse.
Il faut aussi reconnaître chez lui un sens du récit fluide, presque invisible, caractéristique d'un certain artisanat de studio. Cette invisibilité a souvent nui à sa reconnaissance critique. Pourtant, elle suppose un savoir-faire réel. Bennett sait quand retenir une information, quand laisser un visage porter la scène, quand faire d'un intérieur bourgeois un piège moral. Son cinéma ne crie pas son intelligence. Il l'exerce.
Compton Bennett demeure ainsi un nom précieux pour qui s'intéresse aux zones intermédiaires de l'histoire du cinéma britannique, là où le prestige littéraire, le mélodrame et l'inquiétude psychique se rencontrent. Ses meilleurs films rappellent qu'avant même l'essor plus explicite du cinéma de genre moderne, le classicisme savait déjà faire sentir que l'intimité pouvait être une scène d'oppression. C'est une leçon qui mérite mieux qu'une note de bas de page.
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