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Claude Faraldo - director portrait

Claude Faraldo

Avec Themroc, Claude Faraldo a laissé dans le cinéma français une déflagration que personne n'a vraiment pu assimiler : un film de grognements, de révolte, de démolition joyeuse, où la civilisation bourgeoise est ramenée à sa violence absurde et à sa comédie carcérale. Peu de cinéastes auront poussé aussi loin l'idée qu'un langage social peut être détruit de l'intérieur par le rire, la rage et le corps. Faraldo n'est pas un marginal décoratif de la France. Il est un saboteur de formes, un cinéaste pour qui l'insoumission doit d'abord contaminer la matière même du film.

On a souvent réduit Themroc à son geste de provocation, comme si tout se jouait dans la sauvagerie apparente du dispositif. C'est mal voir la précision politique de Faraldo. La destruction du langage articulé n'y relève pas d'un caprice dadaïste. Elle vise une société où les mots sont déjà épuisés, où ils ne servent plus qu'à reconduire l'obéissance, l'humiliation salariale, la répétition des rôles. Ce qui sort alors des corps, ce ne sont pas des idées pures, mais des sons, des appétits, une énergie de rupture. Faraldo comprend que l'aliénation moderne passe aussi par la syntaxe.

Cette radicalité le rapproche de certains gestes libertaires de l'après 1968, mais il ne se contente jamais du slogan générationnel. Son cinéma est plus sale, plus physique, plus carnavalesque. Il aime le grotesque comme méthode de désacralisation. La famille, le travail, la propriété, la bienséance, tout y passe. Dans ce goût du débordement, Faraldo touche parfois à un cinéma transgressif avant la lettre, un territoire où la comédie et l'horreur sociale se croisent jusqu'à devenir indissociables.

Le rapport aux corps est central. Chez lui, le corps n'est pas un support psychologique. C'est une force qui résiste à l'organisation disciplinaire du quotidien. Les appartements, les façades, les bureaux, les rues deviennent des espaces à reconquérir par l'instinct, le vacarme, la destruction ou la fête cannibale. On comprend alors pourquoi Faraldo reste si difficile à ranger dans les catégories confortables du cinéma d'auteur français. Il ne veut pas simplement critiquer la société. Il veut la faire éclater dans le plan.

Le cinéma français des années 1970 a produit bien des films contestataires, mais peu possèdent cette alliance de vulgarité poétique et de rage structurée. Faraldo ne travaille pas l'élégance de la distance. Il choisit la frontalité, l'outrance, le comique comme arme de guerre. Pourtant, derrière l'apparente anarchie, il y a une intuition très ferme : l'ordre social n'est jamais naturel, et plus il se prétend civilisé, plus il mérite d'être traité comme une mascarade. De là vient la puissance durable de son cinéma.

Il faut aussi rappeler que Faraldo, en dépit de sa réputation d'agitateur, sait très bien ce qu'il fait avec les traditions du burlesque et de la fable. Bof... Anatomie d'un livreur prolonge autrement cette attention aux humiliés, aux travailleurs écrasés, aux vies périphériques. Mais chez lui, le réalisme social n'est jamais un horizon suffisant. Il faut qu'une secousse vienne rompre le naturalisme, qu'un excès révèle la folie ordinaire des rapports de classe. C'est à ce point de rupture que Faraldo devient irremplaçable.

Pour une plateforme comme CaSTV, il importe parce qu'il rappelle qu'une partie du cinéma le plus dérangeant n'appartient pas exclusivement à l'horreur canonique. Le malaise, la révolte, la monstruosité du quotidien peuvent produire des films qui ont l'énergie d'un cauchemar sans passer par le surnaturel. Themroc reste, à ce titre, une expérience limite : on y rit, mais ce rire attaque le monde. Il le mord jusqu'au sang.

Faraldo n'a jamais cherché la respectabilité. C'est précisément pour cela qu'il survit mieux que tant d'œuvres mieux élevées. Son cinéma est inégal, parfois brutal jusque dans ses angles morts, mais il ne ment pas sur son désir de rupture. Il refuse la domestication culturelle de la contestation. Il garde quelque chose de sale, d'insolent, de physiquement offensif, qui empêche toute muséification paisible.

Claude Faraldo demeure ainsi une figure essentielle pour comprendre un autre versant du cinéma français : non pas celui de la belle parole critique, mais celui de l'émeute formelle. Un cinéma qui ne demande pas la permission, qui casse les vitres de la narration bourgeoise et qui, dans les gravats, retrouve un rire plus ancien, plus cruel, plus libre.

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