Brian Paulin
Avec Bone Sickness et l'univers artisanal de Morbid Vision Films, Brian Paulin appartient à une horreur qui ne demande pas la permission d'être sale. Son cinéma vient du gore indépendant, du bricolage obstiné, du latex, des fluides, de la décomposition filmée comme matière première. Ici, le corps n'est pas un symbole noble. Il est une surface qui fuit, gonfle, se déchire, contamine. Paulin comprend que le dégoût peut être une pensée, à condition de ne pas le rendre propre.
La tradition dans laquelle il s'inscrit n'est pas celle du prestige horrifique. Elle vient des marges vidéo, du splatter, des circuits de fans, des copies que l'on se passe parce qu'elles promettent quelque chose que le cinéma plus respectable n'ose pas toujours faire. Dans le cinéma d'horreur, cette lignée a souvent été traitée comme une sous-culture mineure. C'est une erreur commode. Le gore radical pose des questions très directes: que reste-t-il d'un personnage quand son corps cesse d'obéir? Quelle vérité le film arrache-t-il à la chair?
Paulin travaille cette vérité sans élégance décorative. Ses films ne cherchent pas à moraliser le choc. Ils le fabriquent, le prolongent, l'installent dans une texture presque toxique. Le spectateur n'est pas invité à admirer une belle composition de l'atroce, mais à supporter une expérience matérielle. Cette insistance peut sembler excessive, et elle l'est souvent volontairement. Le gore de Paulin ne fonctionne pas par suggestion polie. Il insiste parce que la mort, la maladie, la putréfaction, la mutation ne sont pas des idées propres.
Ce qui le distingue de nombreux imitateurs, c'est l'engagement physique du cinéma. Le petit budget n'est pas caché derrière un style neutre. Il devient langage: effets pratiques visibles, lumières agressives, rythmes de cauchemar, visages pris dans une panique qui semble venir du tournage lui-même. Dans cette économie, l'imperfection compte. Elle donne au film une présence tactile. Une créature trop lisse rassure; une créature bricolée, humide, mal contenue, peut inquiéter davantage parce qu'elle paraît avoir été arrachée au réel par des moyens humains.
Brian Paulin rejoint ainsi une histoire américaine de l'horreur souterraine, celle qui passe de Herschell Gordon Lewis à la vidéo fauchée, de la séance de minuit au DVD de convention. Le cinéma américain a toujours produit ce double mouvement: d'un côté l'industrie qui domestique la peur, de l'autre les artisans qui la rendent de nouveau inconvenante. Paulin appartient clairement au second versant. Il ne polit pas l'abjection pour la rendre exportable.
Il faut aussi reconnaître la dimension presque mélancolique de ce cinéma. Sous les excès, il y a souvent une vision du monde où les corps sont déjà condamnés, où la famille, la médecine, la religion ou la communauté n'apportent aucune réparation. Le gore devient alors une métaphysique pauvre, mais tenace: tout finit par s'ouvrir, tout finit par pourrir, et le film a le courage brutal de rester devant.
Dans les années 2000, période essentielle pour la survie des horreurs vidéo et des microstudios, Brian Paulin a représenté une fidélité à l'excès manuel. Son cinéma ne conviendra pas à ceux qui veulent que l'horreur se justifie par le bon goût. Mais pour CaSTV, il compte précisément parce qu'il rappelle une fonction primitive du genre: rendre visible ce que la culture préfère recouvrir, même quand cette visibilité éclabousse tout.
