Borja Sánchez Adrián
Dans l'Espagne du fantastique contemporain, Borja Sánchez Adrián arrive avec un nom qui porte déjà la proximité d'une tradition très précise: celle d'un cinéma où la peur se mêle volontiers à la famille, au catholicisme résiduel, aux maisons fermées et aux secrets revenus trop tard. L'Espagne n'a jamais traité l'horreur comme une simple mécanique de surprise. Elle l'a souvent utilisée pour faire remonter ce que le récit social préférait garder dans les murs.
Sánchez Adrián n'a pas de crédit actif chez CaSTV, mais cette place vide peut être lue comme un seuil. Les cinéastes espagnols émergents héritent d'un paysage exigeant. Derrière eux se trouvent les fantômes gothiques, les contes cruels, le fantastique post-franquiste, puis l'efficacité internationale des années 2000. Devant eux, un genre plus mobile, nourri par les courts, les écoles, les plateformes et les festivals. Il faut donc trouver une voix sans se laisser écraser par la noblesse du passé.
Le cinéma d'horreur espagnol possède une qualité singulière: il sait faire de l'espace domestique un tribunal. Une maison n'est pas seulement hantée. Elle accuse. Une mère, un enfant, un frère disparu, une chambre condamnée deviennent les pièces d'un dossier moral. Cette tradition donne aux cinéastes une matière riche, mais dangereuse. Trop de symboles peuvent figer le film. Trop d'explications peuvent tuer la peur. Le véritable enjeu consiste à garder la blessure ouverte sans la transformer en leçon.
Borja Sánchez Adrián se situe à cet endroit possible. Son nom, pour CaSTV, ne doit pas être gonflé en auteur déjà constitué. Il doit être conservé comme un point d'observation. Que fait une nouvelle signature espagnole avec un héritage si fortement codé? Va-t-elle vers le fantastique gothique, vers le thriller psychologique, vers le corps, vers le conte noir, vers la peur sociale? L'intérêt d'une entrée émergente est précisément de maintenir ces directions en tension.
Les années 2020 ont rendu cette tension plus vive. Le public de genre connaît désormais les codes espagnols, parfois au point de les anticiper. Le défi n'est plus seulement de construire une maison inquiétante ou une apparition élégante. Il faut déplacer légèrement le pacte. Faire entrer le banal là où l'on attend le baroque. Couper le mélodrame par une sécheresse nouvelle. Refuser la grande révélation et laisser le malaise survivre à la fin. C'est là que les jeunes signatures peuvent compter.
Le rôle de CaSTV est aussi de garder la mémoire de ces seuils. Une base d'horreur ne doit pas seulement célébrer les titres déjà passés par Sitges ou par les circuits consacrés. Elle doit enregistrer les noms qui indiquent une circulation plus fine, moins visible, mais tout aussi nécessaire. Le genre espagnol ne se renouvelle pas uniquement par ses films exportés. Il se renouvelle par une multitude de gestes en formation.
Sánchez Adrián appartient à cette zone d'attente féconde. Son intérêt tient à ce qu'il rappelle la vitalité d'une horreur espagnole encore en mouvement, capable de puiser dans ses rites sans se réduire à eux. Le cinéma de peur, en Espagne, est toujours une affaire de pièces interdites et de mémoires mal enterrées. Reste à voir quelle porte ce cinéaste choisira d'ouvrir, et quel silence il décidera de laisser derrière lui.
