Belinda Bonan
Le crédit espagnol de Belinda Bonan dans CaSTV rencontre un territoire où l'animation, le fantastique et l'horreur peuvent se mêler sans demander la permission au réalisme. L'Espagne a souvent donné au genre des maisons hantées et des enfances blessées. Avec une cinéaste comme Bonan, cette tradition peut passer par d'autres matières: le dessin, la stylisation, la forme brève, l'image qui assume son artifice.
Bonan apparaît avec une seule entrée, mais cette échelle convient bien aux gestes animés ou hybrides. Le film court sait condenser une idée visuelle jusqu'à l'obsession. Dans le cinéma espagnol, où l'imaginaire de la peur est chargé de religion, de famille et de mémoire historique, un objet bref peut activer beaucoup de choses avec très peu de signes. Une chambre, une silhouette, un objet d'enfance peuvent suffire à faire remonter toute une atmosphère.
La présence de Bonan dans une base d'horreur rappelle aussi que le cinéma d'animation n'est pas l'envers léger du genre. Il en est l'un des laboratoires les plus libres. La matière animée peut faire bouger les corps autrement, transformer le décor en prolongement psychique, donner au cauchemar une précision plastique. Là où la prise de vues réelle doit convaincre de l'impossible, l'animation part d'un monde déjà fabriqué. Elle peut donc le dérégler sans bruit.
Ce rapport à l'artifice donne à l'horreur une puissance particulière. Un visage trop simple devient inquiétant parce qu'il ne livre pas assez d'informations. Une couleur douce devient cruelle parce qu'elle accompagne une scène de menace. Une ligne claire peut enfermer un personnage plus durement qu'un mur réaliste. Bonan, par son crédit, s'inscrit dans cette tradition où la peur ne vient pas seulement de ce qui est montré, mais de la manière dont le monde est dessiné pour ne plus laisser d'échappatoire.
Les années 2010 et 2020 ont largement ouvert les festivals de genre à ces formes. L'horreur animée n'est plus un supplément étrange coincé entre deux longs métrages. Elle est devenue un champ autonome, capable de traiter la violence, le trauma, le corps, la mémoire et l'enfance avec une liberté que le réalisme envierait. Bonan participe à cette circulation par la valeur même de son entrée dans CaSTV: elle indique que le genre se joue aussi dans la plasticité.
Il faut enfin souligner ce que l'Espagne apporte à cette plasticité. Le pays a un rapport ancien aux images pieuses, aux icônes, aux corps représentés, aux douleurs mises en scène. L'animation peut reprendre cette histoire en la déplaçant. Elle peut faire d'une image apparemment innocente un objet de culte ou de menace. Elle peut transformer l'enfance en chambre d'échos plutôt qu'en refuge. Dans ce champ, Belinda Bonan trouve une place claire, même si sa filmographie recensée ici reste réduite.
Son crédit agit donc comme un petit foyer d'intensité. Il ne demande pas qu'on lui invente une grandeur. Il demande qu'on reconnaisse une possibilité: celle d'une horreur espagnole dessinée, resserrée, sensible aux surfaces et aux blessures qu'elles cachent. CaSTV garde cette trace parce qu'elle enrichit la carte. La peur, parfois, n'a pas besoin d'un couloir réel. Elle lui préfère une ligne tracée trop calmement, et cette ligne, soudain, devient une frontière que personne ne devrait franchir.
