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Bas Majzoub - director portrait

Bas Majzoub

Le crédit canadien de Bas Majzoub associe un nom arabe à un territoire de production où l'horreur aime brouiller les appartenances. Au Canada, le genre se nourrit de frontières intérieures: langues, communautés, mémoires migrantes, villes bilingues, banlieues neuves posées sur des histoires plus anciennes. Majzoub entre dans CaSTV avec un seul crédit, mais cette seule présence suffit à évoquer un cinéma où la peur circule entre ici et ailleurs.

Le cinéma d'horreur canadien a souvent trouvé sa force dans cette instabilité. Il peut être glacial ou urbain, intime ou brutal, francophone ou anglophone, traversé par des imaginaires autochtones, européens, moyen-orientaux, asiatiques. Rien n'y reste parfaitement pur, et c'est tant mieux. L'horreur prospère dans les mélanges. Elle comprend que l'identité n'est pas un décor, mais une tension qui se dépose dans les corps, les maisons, les voix.

Bas Majzoub, par son nom, ouvre naturellement une lecture diasporique. Il ne s'agit pas d'attribuer au cinéaste une histoire que la fiche ne donne pas, mais de prendre au sérieux la résonance d'une signature. Dans le genre, les noms portent souvent des mondes. Ils indiquent des langues possibles, des familles, des souvenirs, des silences. La peur peut naître de cette multiplicité: ce que l'on ne traduit pas, ce que l'on transmet sans l'expliquer, ce qui revient sous forme de rêve, de rite, de symptôme.

Les années 2020 ont été particulièrement ouvertes à ces formes de fantastique diasporique. Les festivals spécialisés ont accueilli des récits où l'horreur ne se réduit pas à une menace extérieure. Elle devient l'expression d'une mémoire déplacée, d'un deuil qui change de pays, d'une croyance qui survit en se transformant. Dans ce contexte, Majzoub peut être lu comme une présence discrète mais significative, un nom qui signale la capacité du genre canadien à accueillir des inquiétudes multiples.

Cette place est d'autant plus cohérente dans une base montréalaise comme CaSTV. Montréal n'est pas seulement un lieu géographique; c'est une machine de traductions, de frictions et de voisinages. Le fantastique y a toujours quelque chose à faire avec les langues qui se croisent sans toujours se comprendre. Un réalisateur canadien nommé Bas Majzoub rejoint cette logique. Il rappelle que l'horreur peut être bilingue, plurilingue, ou simplement traversée par des sons que le personnage principal ne sait plus comment habiter.

La proximité avec le drame est ici importante. Les récits de migration, de famille et d'appartenance peuvent devenir pesants lorsqu'ils se contentent d'illustrer un sujet. L'horreur leur donne une autre voie. Elle permet de matérialiser l'invisible: une dette familiale prend corps, une peur transmise devient présence, un secret culturel se transforme en espace. La mise en scène n'explique pas le traumatisme; elle lui donne une pièce où respirer mal.

Il faut respecter la brièveté du parcours catalogué. Bas Majzoub n'est pas à transformer en symbole total du Canada diasporique. Son unique crédit appelle une lecture plus précise: celle d'une signature qui participe à l'écologie contemporaine du genre, avec assez de particularité pour ne pas se perdre dans la masse. CaSTV garde cette trace parce que les traces comptent. Elles permettent aux spectateurs de suivre les lignes souterraines du cinéma d'horreur.

Dans cette entrée, Majzoub apparaît comme une porte vers une peur de l'entre-deux. Ni seulement locale, ni seulement héritée. Une peur qui s'invente dans le passage, dans l'accent, dans la maison où plusieurs mémoires se disputent la même chambre. C'est là que le genre canadien devient le plus vif: quand il comprend que l'appartenance elle-même peut être hantée.

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