Bálint Szimler
Avec Balaton Method, Bálint Szimler apparaît d'emblée comme un cinéaste qui ne veut pas séparer la musique, l'espace et le comportement social. Ce premier long étrange, libre, chorégraphié autour du lac Balaton, ne ressemble pas à un manifeste théorique, mais il en est un malgré tout. Szimler y affirme une manière de faire du film un organisme collectif, traversé par la circulation, la performance et l'observation aiguë des milieux. Plus tard, avec ses travaux plus directement narratifs, cette intuition demeure: le monde se comprend à travers ses rythmes, ses embarras, ses dispositifs de contrôle. Dans la Hongrie, cette trajectoire lui donne une place à part.
Szimler possède un talent rare pour filmer les groupes. Là où beaucoup de cinéastes isolent rapidement un protagoniste central, lui s'intéresse à ce qui se joue entre les personnes, dans les dynamiques d'ensemble, dans les chorégraphies involontaires des institutions ou des rassemblements. Cette aptitude est précieuse, car elle permet de penser le collectif autrement que comme décor de la psychologie. Chez Szimler, le groupe produit de la musique, du désordre, de la norme, parfois de la violence symbolique. Il est vivant, donc instable.
Ce qui distingue surtout son cinéma, c'est la relation entre énergie formelle et précision critique. Szimler n'est pas un observateur froid des sociétés contemporaines. Il est un metteur en scène du frottement. Le mouvement de caméra, la circulation dans l'espace, l'attention portée aux sons et aux flux donnent à ses films une intensité presque corporelle. Pourtant, rien n'est gratuit. Cette énergie sert toujours à révéler quelque chose des cadres sociaux, des attentes collectives, des mécanismes d'obéissance ou de débordement. Dans Les années 2010 et Les années 2020, cette alliance reste peu commune.
Szimler sait aussi que l'humour peut être un instrument de connaissance. Pas un humour décoratif, mais une gêne drôle, un décalage, un moment où la société se montre elle-même dans son absurdité. Cette tonalité rapproche parfois son travail du drame, parfois du documentaire dans son goût de l'observation, parfois même d'un cinéma d'auteur qui ne craint pas les ruptures de registre. Ce mélange n'est pas une hésitation. C'est une méthode. Il permet de saisir le réel là où il cesse d'être un bloc homogène.
Pour le public de CaSTV, Bálint Szimler importe parce qu'il sait faire sentir la dimension inquiétante des dispositifs collectifs. Une institution, un groupe d'élèves, une communauté en déplacement, un rassemblement festif: tout peut devenir chez lui le lieu d'une tension plus profonde entre individu et ordre social. Ce n'est pas de l'horreur déclarée, mais c'est déjà une dramaturgie de la pression, de l'exposition et de l'impossibilité à sortir du cadre sans en payer le prix.
Bálint Szimler mérite ainsi d'être regardé comme l'un des cinéastes hongrois les plus stimulants de sa génération. Entre invention formelle, sens du collectif et lecture aiguë des structures, il construit une œuvre mobile, nerveuse, souvent surprenante. Un cinéma qui comprend qu'une société se révèle moins dans ses discours que dans sa manière de faire circuler les corps, les voix et la honte.
