Badminton Plus
Rien que dans son nom, Badminton Plus annonce déjà une certaine politique de ton: une légère obliquité, un refus de la solennité automatique, une manière de s'approcher du cinéma par l'angle plutôt que par la proclamation. Cela compte, parce qu'on sent dans les œuvres signées par le collectif une volonté de déplacer les attentes ordinaires du récit court ou moyen, de faire exister un monde sans l'alourdir d'importance. Le résultat a souvent la vivacité des pratiques collectives qui pensent autant à la fabrication qu'à la forme. Dans le contexte du Canada et des années 2020, cette énergie a quelque chose de très actuel.
Le premier intérêt de Badminton Plus tient précisément à sa dimension collective. Là où la critique aime encore trop souvent chercher un auteur unique, une signature centralisée, le collectif rappelle qu'une esthétique peut naître d'un dialogue, d'une friction, d'un partage de méthodes. Cette pluralité n'entraîne pas forcément une dilution. Elle peut au contraire produire une souplesse précieuse, une capacité à changer d'échelle, à ajuster les dispositifs, à laisser entrer l'accident ou la blague sans perdre le cap. On sent dans ce travail une intelligence artisanale du tournage et du montage, une façon de faire confiance aux ressources du groupe.
Cette intelligence passe par un rapport désinhibé aux codes. Badminton Plus ne semble pas considérer les genres comme des cases à respecter, mais comme des matériaux à tordre légèrement. Une situation de comédie noire peut glisser vers l'absurde, un détail réaliste peut devenir une étrangeté, une image très simple peut soudain accueillir un sentiment plus trouble. Ce goût du décalage donne aux films une saveur particulière. Ils ne cherchent pas à se faire passer pour plus sérieux qu'ils ne sont, et c'est précisément ce qui leur permet d'être plus précis.
Même lorsque l'ensemble reste léger en apparence, il y a souvent un travail réel sur la gêne, sur la maladresse sociale, sur le moment où une scène cesse d'être confortable. C'est là que le collectif rencontre indirectement certaines logiques du cinéma de genre. L'horreur n'est pas toujours affaire de créatures ou de sang; elle peut surgir d'un rire qui ne tombe pas juste, d'une familiarité devenue inquiétante, d'un protocole social un peu trop rigide. Badminton Plus semble sensible à cette mince ligne où l'ordinaire se déforme. C'est un terrain fertile.
Il faut également noter la valeur de leur rapport au rythme. Les films issus d'une pratique collective risquent parfois l'éparpillement ou la simple accumulation d'idées. Ici, on perçoit plutôt un souci de tenue. Le tempo est souvent vif, mais pas pressé. Les scènes ont le temps de déposer leur inconfort ou leur ironie avant de bifurquer. Cette gestion du temps protège le travail contre l'effet de sketch. Elle lui donne une vraie consistance cinématographique.
Un autre aspect stimulant de Badminton Plus est sa manière de laisser la fabrication apparaître sans transformer cette visibilité en posture. On sent parfois les coutures, les moyens mesurés, l'inventivité concrète. Mais ces éléments ne sont pas brandis comme un badge d'indépendance vertueuse. Ils participent simplement du charme rigoureux de l'ensemble. Cette modestie est précieuse. Elle évite le double piège du cynisme et de l'auto célébration.
Entre Canada et comédie noire, Badminton Plus occupe ainsi une place de laboratoire agile. Le collectif rappelle qu'un cinéma vivant n'a pas toujours besoin de vastes moyens ni de discours tonitruants pour exister. Il lui suffit parfois d'un bon sens du décalage, d'une entente réelle entre les personnes qui fabriquent les images, et d'une capacité à reconnaître que le bizarre commence souvent très près, dans les habitudes les plus banales, à un demi ton seulement du quotidien.
