Antonio Carlos da Fontoura
A Rainha Diaba suffit à mesurer l'audace d'Antonio Carlos da Fontoura : un film qui transforme les marges criminelles, sexuelles et sociales de Rio en scène de puissance baroque, sans jamais les pacifier pour un regard bourgeois. Dès ce titre, son cinéma affirme une intensité plastique et politique rare. Il ne filme pas la déviance comme curiosité exotique. Il la filme comme théâtre violent d'une société déjà monstrueuse.
Da Fontoura appartient au Brésil des grandes contradictions urbaines, des modernités éclatées, des régimes de classe et de race si visibles qu'ils finissent parfois par devenir invisibles à force d'habitude. Son cinéma attaque cette habitude. Il aime les corps qui débordent, les figures qui mettent en crise l'ordre du visible, les espaces où la ville révèle sa logique de tri. Dans cette perspective, le marginal n'est pas périphérique. Il devient révélateur central.
Il faut prendre au sérieux sa manière de travailler l'excès. L'excès chez lui n'est pas une décoration. C'est une stratégie de vérité. Couleurs, performances, intensités de jeu, théâtralité des postures : tout concourt à rendre impossible la lecture confortable. Le spectateur ne peut pas se réfugier dans un réalisme neutre. Il doit affronter un monde où la violence circule à même le spectacle social.
Cette logique rapproche Da Fontoura d'une zone du Genre crime qui touche parfois au cauchemar. La criminalité n'y est jamais simple intrigue. Elle devient structure de pouvoir, économie du désir, scène où se concentrent les hypocrisies collectives. De ce point de vue, son cinéma dialogue avec les formes les plus vives du cinéma latino-américain des Années 1970, quand la stylisation pouvait encore servir une lecture frontale des hiérarchies.
Il y a aussi chez lui un rapport fécond à la performance queer et à la fabrique de la persona. Bien avant que certaines institutions culturelles sachent récupérer ces questions dans un langage propre, Da Fontoura comprenait que la présentation de soi pouvait devenir une arme, un masque et une cible simultanément. Cette intuition donne à ses films une énergie encore très actuelle.
On aurait tort, pourtant, d'y voir seulement de la flamboyance. Il sait aussi filmer la fatigue, la solitude, la vulnérabilité qui affleure sous la pose. C'est ce qui sauve son cinéma du fétichisme. Derrière l'éclat, il y a toujours la violence matérielle d'un monde social, la fragilité des corps exposés, le prix à payer pour devenir visible dans une ville qui préfère organiser l'effacement.
Antonio Carlos da Fontoura compte parce qu'il nous rappelle qu'un cinéma populaire et politique peut être somptueux, agressif, indiscipliné. Il refuse le bon goût des diagnostics raisonnables. Il préfère la forme qui mord, l'image qui dérange, le personnage trop grand pour l'ordre qui voudrait le contenir. Cette démesure n'a rien d'un caprice. Elle est la juste réponse à un réel lui-même outrancier.
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