https://cabaneasang.tv/fr/director/andres-ramirez-pulido/

Andrés Ramírez Pulido

Avec La Jauría, Andrés Ramírez Pulido signe un film qui comprend parfaitement que la forêt, le groupe masculin et l'institution disciplinaire sont déjà des formes d'horreur avant même qu'un récit se présente comme tel. Ce n'est pas un cinéma qui plaque le genre sur le social. C'est un cinéma qui révèle à quel point le social, lorsqu'il est construit sur la violence, produit ses propres rituels de prédation, ses propres légendes noires, sa propre nuit. Cette intelligence donne à son œuvre une puissance peu commune.

Le contexte colombien n'est pas ici un simple arrière-plan national. Il est la matière vive du film, son climat moral, sa géographie de tension. Ramírez Pulido sait filmer des territoires où l'ordre paraît toujours provisoire, où la nature n'est jamais pure innocence, et où les corps portent les traces de systèmes de domination qui les dépassent. Le lien avec le horreur naît là : dans la sensation que la violence collective a déjà contaminé le paysage, les gestes et les hiérarchies du groupe.

Ce qui frappe immédiatement, c'est la manière dont il filme les garçons et les jeunes hommes. Pas comme des emblèmes sociologiques prêts à l'emploi, mais comme des présences prises dans une circulation de pouvoir, de désir de meute et de fragilité. Le titre même, La Jauría, donne la clé. Chez Ramírez Pulido, la question n'est pas seulement de savoir qui est violent, mais comment la violence devient structure de relation. Qui apprend à imiter la brutalité pour survivre. Qui comprend trop tard que l'appartenance au groupe a un prix. Cette économie du rapport de force rapproche son cinéma d'un folk horror sans folklore explicite, où la communauté agit comme machine de transformation morale.

Dans les années 2020, alors que beaucoup de films dits de prestige se sont emparés du trauma avec une gravité parfois inerte, Ramírez Pulido conserve quelque chose de plus physique et de plus ambigu. Il ne surligne pas la signification de chaque scène. Il laisse les espaces, les sons et les comportements travailler ensemble jusqu'à produire un état de menace diffuse. Le camp, la forêt, les déplacements en groupe, les regards échangés à distance deviennent autant de vecteurs d'angoisse. C'est un cinéma du terrain, de la matière, de l'air lourd autour des corps.

On peut aussi y lire un dialogue très fort avec certaines traditions latino-américaines du réel contaminé. Le fantastique n'y passe pas forcément par l'irruption du surnaturel, mais par la sensation que le monde social obéit déjà à une logique d'oppression presque mythique. Ramírez Pulido sait que cette dimension ne doit pas être transformée en symbole abstrait. Il la maintient au niveau concret du geste, de la respiration, de la peur nocturne, de la menace collective. C'est ce qui empêche son cinéma de devenir démonstratif.

Sa place dans les festivals internationaux compte beaucoup, parce qu'elle rappelle qu'un film peut être profondément ancré dans une réalité locale tout en renouvelant des affects universels du genre. On reconnaît immédiatement, dans son travail, l'angoisse du groupe fermé, la peur du territoire isolé, la contamination de la violence par le rituel. Mais tout cela passe par une sensibilité propre à la Colombie, à ses fractures, à sa jeunesse livrée à des héritages de brutalité.

Il faut enfin souligner la rigueur de sa mise en scène. Ramírez Pulido n'a pas besoin d'effets grandiloquents pour faire sentir le danger. Il cadre avec une précision qui laisse toujours subsister une part d'incertitude. Il sait où placer la menace dans le plan, mais aussi quand la retirer pour que le spectateur continue à la chercher. Cette science du manque est une grande qualité de cinéaste.

Andrés Ramírez Pulido s'impose ainsi comme l'un de ceux qui rappellent le mieux que l'horreur n'est pas un appendice du drame social, mais l'une de ses vérités secrètes. Quand une institution fabrique la meute, quand un paysage absorbe la peur, quand la communauté devient force de déformation morale, le genre n'a plus à être convoqué. Il est déjà là, tapi dans la matière du monde. Le cinéma de Ramírez Pulido lui donne simplement une forme assez exacte pour qu'on ne puisse plus faire semblant de ne pas le voir.

Suggérer une modification