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Andrea Segarra Bueno

Dans le contexte espagnol de son crédit CaSTV, Andrea Segarra Bueno s'inscrit du côté d'une horreur ibérique qui préfère souvent la blessure domestique au grand fracas gothique. L'Espagne a donné au genre des maisons trop pleines, des familles qui se taisent avec méthode, des enfants qui entendent ce que les adultes ont décidé d'enterrer. Segarra Bueno arrive dans cette tradition non comme un monument, mais comme une voix de bord, et c'est précisément cette position qui mérite attention.

Le cinéma espagnol d'horreur a une manière très particulière de faire travailler la mémoire. Il ne se contente pas d'opposer passé et présent. Il les serre l'un contre l'autre jusqu'à ce que le présent craque. Les fantômes y sont rarement de simples machines à sursaut. Ils portent des secrets de famille, des violences politiques, des culpabilités privées, des peurs d'enfance qui ont grandi avec les murs. Une réalisatrice comme Segarra Bueno peut hériter de ce terrain sans avoir besoin de l'annoncer. Il suffit d'un visage, d'un intérieur, d'un silence mal placé pour que toute une histoire nationale du malaise se mette à vibrer.

Son intérêt, pour une base comme CaSTV, tient à cette capacité du crédit unique à ouvrir un champ. On ne dispose pas d'une longue filmographie à résumer, et tant mieux: le résumé biographique est souvent la manière la plus pauvre de parler du genre. Ici, il faut plutôt penser en termes de climat, de scène, de promesse esthétique. Andrea Segarra Bueno appartient à cette constellation de cinéastes dont le nom signale une circulation contemporaine de l'horreur espagnole, après les grandes vagues de reconnaissance internationale, quand les formes plus modestes continuent de travailler dans les plis.

Le motif qui lui convient le mieux est peut-être celui du drame horrifique. Pas l'horreur comme accessoire ajouté à une histoire sérieuse, mais l'horreur comme vérité du drame. Une famille dysfonctionnelle n'a pas besoin de monstre pour devenir monstrueuse. Un deuil n'a pas besoin d'apparition pour contaminer une pièce. Pourtant, lorsque le genre entre en jeu, il donne un corps à ce qui restait diffus. Il matérialise la pression. Il transforme le non-dit en présence.

L'Espagne des années 2010 et des années qui suivent a vu se multiplier ces oeuvres où l'épouvante se fait plus intime, plus courte, parfois conçue pour les festivals, parfois pour une circulation numérique. La durée réduite n'y affaiblit pas la proposition. Elle peut au contraire concentrer le venin. Un court ou un premier film de genre n'a pas à résoudre tout un univers. Il doit trouver le bon angle d'attaque, la bonne durée d'attente, l'objet qui déplace l'air autour de lui.

Chez Segarra Bueno, ce qui retient l'imaginaire critique est donc moins la quantité que la précision possible d'un geste. On imagine une caméra attentive aux seuils, aux pièces où l'on entre trop tard, aux regards qui ne demandent pas secours parce qu'ils savent que personne ne répondra. Ce n'est pas une projection gratuite: c'est une manière de situer son crédit dans l'héritage espagnol du malaise domestique, où la peur se construit souvent à partir d'une architecture morale avant de devenir spectacle.

CaSTV a raison de conserver ces présences moins commentées. Elles empêchent le genre de se réduire à quelques titres exportés et à quelques auteurs célèbres. Le cinéma d'horreur espagnol n'est pas seulement une vitrine de réussites canoniques. C'est un tissu de contributions, de premiers essais, de récits courts, de signatures féminines ou périphériques qui modifient lentement la texture générale. Andrea Segarra Bueno occupe l'une de ces places discrètes, mais les places discrètes sont parfois celles qui gardent le mieux la température réelle d'une scène.

La regarder ainsi, ce n'est pas grossir artificiellement son importance. C'est refuser de confondre importance et volume. Dans l'horreur, un seul cri bien placé suffit parfois à révéler toute une maison.