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Amel Guellaty - director portrait

Amel Guellaty

Avec Black Mamba, Amel Guellaty a immédiatement imposé une qualité de ton peu commune : un mélange de stylisation, d'électricité urbaine et de noirceur ironique qui refuse aussi bien le réalisme plat que l'esthétisation gratuite. Il y a dans son travail quelque chose de nocturne, de nerveux, de très attentif aux formes contemporaines de l'errance. Guellaty ne filme pas seulement des personnages en crise. Elle filme des états d'alerte, des circulations sous tension, des désirs qui se cognent à des structures sociales encore très présentes.

Cette énergie la distingue dans le paysage tunisien et maghrébin contemporain. Son cinéma semble comprendre que la modernité urbaine n'efface pas les couches plus anciennes de contrôle, de peur ou de jugement. Elle les reconfigure. D'où cette sensation très forte que ses films se déroulent dans des espaces saturés de regards, de risques, de possibles contradictoires. Même lorsqu'il n'est pas question d'horreur au sens strict, le malaise y circule comme une basse continue.

Guellaty travaille admirablement la nuit. Non comme un cliché de mystère, mais comme un régime sensible où les hiérarchies vacillent, où les identités se redessinent, où l'on peut à la fois se perdre et s'inventer. Cette qualité nocturne rapproche son œuvre du thriller et du fantastique par contamination plus que par programme. Le cadre, la musique, la vitesse des déplacements, la texture des visages produisent une atmosphère qui ne demande qu'un rien pour basculer.

Il faut aussi souligner son sens de la condensation. Guellaty sait faire beaucoup avec peu de temps, peu de signes, peu d'explication. Une scène, un trajet, une conversation peuvent suffire à dessiner un monde. Ce n'est pas une écriture de l'esquisse, mais une écriture de la justesse. Le film n'a pas besoin d'encombrer le spectateur d'informations pour lui faire comprendre où il se trouve, ce qui menace, ce qui attire. Cette efficacité très moderne appartient pleinement aux années 2010 et années 2020.

La question du corps féminin, chez elle, est particulièrement intéressante. Guellaty ne le filme ni comme pure victime ni comme emblème abstrait de libération. Elle s'intéresse à sa mobilité concrète, à son exposition, à ses stratégies, à la tension entre désir et surveillance. C'est là que son cinéma devient politiquement incisif. Il ne se contente pas de représenter un problème. Il en fait sentir la texture quotidienne, dans les rues, dans les regards, dans le tempo même des scènes.

Des festivals comme Venise ou Clermont-Ferrand constituent des lieux logiques pour une œuvre aussi attentive à la puissance du court et à la densité de la forme. Guellaty y apparaît comme une cinéaste capable de faire tenir dans une image ou un déplacement bien plus qu'une simple intrigue.

Amel Guellaty mérite ainsi d'être suivie très attentivement. Son cinéma possède déjà cette qualité rare : une conscience aiguë de l'époque sans servilité au réalisme sociologique, une sensualité visuelle sans complaisance, une manière de faire de la nuit un espace de menace et de possibilité. Peu de films récents savent si bien donner à la ville contemporaine la couleur exacte de l'intranquillité.

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