Alireza Pourshakoori
Le crédit iranien d'Alireza Pourshakoori dans CaSTV se détache sur un pays où l'allégorie n'est pas un ornement, mais souvent une condition de survie du cinéma. L'Iran a donné au monde des images d'une limpidité morale redoutable, mais son rapport au fantastique et à l'horreur passe fréquemment par la suggestion, la métaphore, l'espace domestique devenu tribunal. Pourshakoori entre dans cette zone par une présence unique, mais située.
Dans le contexte de l'Iran, la peur peut rarement se permettre d'être seulement décorative. Elle touche à l'interdit, à la surveillance, au poids des familles, au rapport entre espace privé et contrôle public. Le cinéma d'horreur iranien, lorsqu'il existe dans les marges ou les formes brèves, possède donc une densité particulière. Il sait que le fantôme n'est pas seulement un mort qui revient. Il peut être une règle, une honte, une dette sociale.
Alireza Pourshakoori, avec un seul crédit au catalogue, ne doit pas être transformé en représentant total d'une cinématographie. Ce serait trop lourd et trop faux. Mais son inscription permet de rappeler que l'horreur iranienne n'est pas une curiosité périphérique. Elle appartient à une tradition de cinéma où le visible et l'invisible négocient constamment leurs frontières. Un film court peut y devenir un espace très précis de tension, parce qu'il n'a pas besoin d'annoncer son programme. Il peut simplement laisser une situation se contaminer.
Le court métrage est un format particulièrement adapté à cette esthétique de la retenue. En quelques minutes, il peut installer une maison, un visage, une attente, puis faire sentir que quelque chose dans l'ordre du monde s'est défait. La peur n'a pas à se déclarer. Elle avance par signes faibles, par répétitions, par un silence qui devient presque accusateur. Dans un cinéma de contraintes, cette économie n'est pas seulement pratique. Elle devient une politique du regard.
Il faut aussi considérer la place de CaSTV. Une plateforme montréalaise consacrée au genre a la possibilité de rapprocher des objets que les circuits nationaux séparent. Pourshakoori y apparaît non comme un exotisme, mais comme un cinéaste de la peur contemporaine parmi d'autres, avec une couleur culturelle précise. Ce déplacement est important. Il permet de lire son travail à la fois depuis l'Iran et depuis une histoire mondiale de l'horreur courte.
Les années 2020 ont amplifié cette circulation. Des films venus de territoires moins associés au marché global de l'horreur trouvent désormais des spectateurs dans des programmations spécialisées. Cette visibilité n'efface pas les contraintes de production, mais elle leur donne une autre chambre d'écho. Le nom de Pourshakoori devient ainsi une balise pour une peur qui ne passe pas forcément par l'iconographie dominante du genre.
Ce qui retient l'attention, c'est cette alliance possible entre rigueur et malaise. L'horreur iranienne la plus forte n'a pas besoin de multiplier les effets. Elle peut faire d'une pièce fermée un pays entier, d'une conversation un piège, d'un regard baissé une condamnation. Alireza Pourshakoori, dans CaSTV, incarne cette possibilité à petite échelle: un crédit, mais un territoire symbolique dense. Une entrée discrète, mais pas anodine.
