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Alfonso Fulgencio - director portrait

Alfonso Fulgencio

Dans le cinéma espagnol, Alfonso Fulgencio fait partie de ces réalisateurs qui abordent le genre avec un sens très net du décalage, comme si l'horreur gagnait d'abord à être troublée par une énergie plus hybride, plus mobile, parfois presque ludique. C'est une approche utile, à condition qu'elle ne se contente pas du clin d'œil. Fulgencio intéresse justement lorsqu'il comprend que la collision des tons peut produire une forme d'inconfort plus vive que la pure gravité affichée.

Son cinéma avance souvent à la frontière du macabre, du grotesque et du récit de tension. Cette frontière n'est pas qu'une affaire de surface. Elle engage une vision du monde où le dérèglement n'est jamais loin, où les corps, les institutions ou les relations peuvent basculer dans quelque chose d'à la fois absurde et inquiétant. Le genre horrifique y devient une manière de faire apparaître la fragilité des cadres sociaux, mais sans sacrifier le plaisir du jeu formel.

Fulgencio sait aussi manier le rythme. Il comprend qu'une scène peut gagner en impact si elle passe rapidement d'un registre à un autre, d'une ironie légère à une violence plus tranchante, d'une banalité presque comique à un sentiment de menace. Cette mobilité n'est pas facile à tenir. Lorsqu'elle est réussie, elle donne au film une énergie de glissement permanent, comme si le sol narratif n'était jamais totalement stable. C'est une qualité précieuse dans le cinéma de genre contemporain.

Le rapport à l'espace joue également en sa faveur. Les décors ne sont pas filmés comme de simples contenants. Ils deviennent souvent des partenaires du trouble, des lieux où la normalité paraît trop bien organisée pour être innocente, ou au contraire déjà légèrement délabrée, prête à laisser sortir autre chose. Fulgencio semble comprendre intuitivement que l'horreur passe aussi par une certaine architecture des comportements.

Ses personnages, quant à eux, existent souvent dans une zone de tension entre fonction dramatique et présence excentrique. Ce ne sont pas des archétypes purs. Ils gardent quelque chose de bancal, de trop humain, parfois de ridiculement vulnérable, qui les rend intéressants. Cette part d'imperfection fait beaucoup. Elle empêche le film de se refermer sur son seul dispositif et lui donne une vibration plus instable.

On peut inscrire son travail dans un mouvement des années 2010 et années 2020 où le cinéma de genre espagnol continue d'explorer des voies moins solennelles que par le passé, sans perdre pour autant son goût du malaise. Fulgencio y contribue par une sensibilité à la contamination des registres, à la manière dont la dérision peut devenir révélatrice plutôt que protectrice.

Pour CaSTV, cette position est intéressante. Elle rappelle qu'il n'existe pas une seule bonne manière d'organiser la peur. Le sérieux absolu n'est pas toujours la forme la plus troublante. Parfois, l'inquiétude naît au contraire d'un monde qui continue de sourire au moment exact où il devrait déjà paniquer. Fulgencio travaille cette ambiguïté avec un certain mordant.

Au fond, son cinéma dit quelque chose de très juste sur le désordre contemporain : il n'arrive pas toujours vêtu pour l'occasion. Il passe par le faux confort, l'excès de ton, la dérive du comique vers le sinistre. Lorsqu'il trouve cet équilibre, Fulgencio rappelle que le grotesque et le cauchemar ont souvent plus d'intimité qu'on ne veut bien l'admettre.

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