Alexis Dos Santos
Chez Alexis Dos Santos, il faut partir de la nervosité adolescente de Glue, ce film argentin où les corps, la musique, le désir et l'ennui composent déjà une petite météorologie de l'inconfort. Dos Santos n'est pas un cinéaste d'horreur au sens strict, mais son œuvre touche à quelque chose que le genre connaît intimement : le moment où l'identité cesse d'être un refuge et devient une zone de turbulence. Cette sensibilité lui permet d'approcher des états de fragilité, d'errance et de contamination affective qui intéressent directement les marges du coming-of-age horror.
Son cinéma se tient au plus près des corps jeunes. Il ne les traite ni comme des symboles sociologiques ni comme des icônes de fraîcheur. Il les filme comme des surfaces instables, traversées par le désir, la maladresse, la honte, la curiosité, parfois la cruauté. Cette proximité donne à ses films une vérité tactile. On sent les chambres, les rues, les répétitions, les fêtes, les demi-silences, tout ce tissu de vie mineure où une existence se cherche sans mode d'emploi. Le trouble vient de là : de cette recherche elle-même.
Dos Santos excelle dans l'art de capter le collectif précaire. Les bandes d'amis, les couples bancals, les communautés temporaires ont chez lui une intensité particulière. Elles protègent et blessent dans le même mouvement. On y rit, on s'y invente, on s'y perd aussi. Cette ambivalence rapproche son travail de certaines formes de drame psychologique où le danger n'est pas un intrus extérieur mais une dérive interne des liens. Le groupe devient alors une chambre d'écho pour les angoisses individuelles.
Il faut aussi parler de la mobilité. Né en Argentine et ayant travaillé ailleurs, Dos Santos filme souvent des existences légèrement déplacées, prises dans des circulations culturelles ou émotionnelles qui empêchent la stabilité. Ce déplacement n'a rien de spectaculaire. Il agit comme une vibration permanente. Les personnages semblent rarement tout à fait chez eux. Cette sensation d'inadéquation donne à ses films une mélancolie active, très utile pour comprendre comment le mal-être adolescent peut devenir un paysage.
Sa mise en scène reste vive, mobile, poreuse à la musique et aux micro-événements. Elle refuse l'autorité trop propre du film qui voudrait déjà savoir ce que ses personnages signifient. Dos Santos préfère les suivre, capter leurs contradictions, laisser la scène respirer assez longtemps pour qu'une gêne ou une beauté inattendue surgissent. C'est une manière juste d'aborder les âges vulnérables. L'émotion n'est pas assignée d'avance.
Dans un catalogue comme celui de CaSTV, son intérêt tient à cette bordure. Tous les cinéastes liés à la peur ne fabriquent pas directement des monstres, des fantômes ou des malédictions. Certains travaillent plus en amont, dans la matière affective dont naîtront plus tard les cauchemars. Dos Santos appartient à cette famille. Il filme le désarroi, l'entre-deux, la socialité fragile, tout ce qui prépare un imaginaire de la dérive.
Dans les années 2000 et années 2010, Alexis Dos Santos a ainsi construit une œuvre attentive à la vulnérabilité comme état dynamique. Le spectateur y trouve moins des réponses que des fréquences sensibles : gêne, désir, flottement, besoin d'appartenance, peur d'être mal lu par les autres. Ce ne sont pas des affects mineurs. Ce sont des matériaux premiers du trouble, et Dos Santos sait leur donner une forme vive, presque électrique.
