Adam Marcus
Avec Jason Goes to Hell: The Final Friday, Adam Marcus a signé l'un des gestes les plus bizarres et les plus mal compris du slasher américain des Années 1990. Bizarre, parce qu'au lieu de se contenter d'entretenir la routine sérielle, le film tente d'ouvrir la franchise vers le body horror, la possession et une forme d'impureté mythologique presque agressive. Mal compris, parce qu'une part du public voulait avant tout retrouver un protocole familier. Marcus, lui, semblait vouloir contaminer cette familiarité. C'est précisément ce qui le rend intéressant.
Il faut se souvenir du contexte. Le slasher de studio arrivait à un moment d'épuisement, coincé entre reproduction mécanique et besoin de mutation. Beaucoup de films ont géré cette crise avec cynisme ou paresse. Adam Marcus a choisi la voie du dérèglement. Jason Goes to Hell: The Final Friday ne fonctionne pas comme un épisode sage qui consolide une marque. Il agit comme un film qui tente de faire éclater les coutures de la marque elle-même. Cette volonté d'excès, parfois désordonnée, parfois brillante, reste plus vivante que tant d'entrées correctement inertes.
Le cinéma de Marcus ne mérite donc pas d'être réduit à la réputation d'un seul titre scandaleux dans l'histoire des fans. Ses deux crédits dans le catalogue CaSTV permettent au contraire de voir une sensibilité précise : un goût pour l'horreur comme mutation, comme contamination des corps et des catégories, comme refus de la pureté générique. Chez lui, le slasher n'est jamais complètement stable. Il est travaillé de l'intérieur par d'autres pulsions, par une volonté de tordre le cadre au lieu de l'habiter docilement.
Cette impulsion explique aussi la violence particulière de sa mise en scène. Adam Marcus semble comprendre que le genre populaire n'a pas besoin d'être respectueux pour être sérieux. Il peut être sale, excessif, mal embouché, et pourtant animé par une vraie pensée de ses propres formes. Dans le film d'horreur américain, cette position est importante. Elle rappelle que la série B vaut souvent davantage par ses dérapages que par ses équilibres. Un film comme celui-là peut rater localement et réussir globalement, parce qu'il laisse derrière lui des images, des bifurcations, des idées infectieuses.
Il y a également quelque chose d'intéressant dans le rapport de Marcus à l'héritage. Beaucoup de réalisateurs engagés sur une franchise culte choisissent la déférence. Ils protègent l'icône, répètent ses signes, installent un confort de reconnaissance. Marcus fait presque l'inverse. Il traite l'icône comme un matériau à reconfigurer. C'est un geste risqué, mais cinématographiquement beaucoup plus excitant. La peur naît alors moins de la répétition d'un rituel attendu que de la sensation que le film lui-même n'obéit plus tout à fait aux règles.
Dans les États-Unis, cette liberté reste rare à l'intérieur des structures industrielles. Elle l'est encore plus lorsqu'elle se déploie avec une telle frontalité. Adam Marcus n'est peut-être pas un formaliste de la précision silencieuse. Il appartient plutôt à la lignée des cinéastes qui travaillent le genre par déformation, par débordement, par inconduite. Cette lignée compte. Elle rappelle que l'horreur n'a jamais été aussi vivante que lorsqu'elle accepte de devenir monstrueuse jusque dans sa propre architecture.
On peut discuter les résultats, préférer telle ou telle intensité, regretter tel excès. Mais il est difficile de nier qu'Adam Marcus a laissé dans le cinéma de genre américain une trace singulière. Peu de films de franchise ont osé un tel déplacement. Peu de cinéastes ont compris aussi clairement qu'un mythe populaire ne survit pas seulement grâce à la fidélité, mais aussi grâce à la contamination. C'est là, sans doute, que se trouve sa vraie valeur : dans cette décision de faire muter l'objet au lieu de l'embaumer.
