Zack Snyder
Avec 300, Zack Snyder a imposé un régime d'image immédiatement reconnaissable : des corps sculptés comme des emblèmes, des ralentis qui étirent la violence jusqu'à la pose, une lumière numérique qui transforme le champ de bataille en fresque métallique. On a beaucoup discuté de son goût de l'emphase, de son rapport à la bande dessinée, de sa tendance à monumentaliser tout ce qu'il touche. Il faut partir de là, mais ne pas s'y arrêter. Snyder occupe dans le blockbuster américain une place étrange, presque contradictoire. Il appartient pleinement à la machine industrielle de l'Amérique, tout en donnant parfois l'impression de rêver à un cinéma de mythes sombres qui excéderait cette machine.
Son style a souvent été moqué pour sa solennité. Pourtant, cette solennité est précisément ce qui le distingue dans l'ère du blockbuster ironique. Snyder croit à la pose, au sacrifice, au destin, à l'image comme proclamation. Là où tant de superproductions désamorcent leur propre gravité par le trait d'esprit, lui insiste jusqu'à l'inconfort. Cette insistance peut produire le ridicule, c'est vrai. Elle produit aussi, par moments, une intensité singulière. Même ses films ratés ont du mal à être interchangeables.
Watchmen montre bien cette ambiguïté. Snyder adapte une œuvre qui démonte la mythologie héroïque, mais il ne peut s'empêcher de la refilmer avec une fascination quasi religieuse pour la puissance visuelle des figures. On peut voir là une limite critique, un contresens même. On peut aussi y voir le cœur de son cinéma : une tension constante entre déconstruction narrative et exaltation iconique. Chez lui, l'image veut toujours sauver ce que le récit est en train de compliquer.
Cette logique atteint un point particulièrement visible dans Man of Steel et dans ses travaux pour l'univers DC. Snyder y traite les super-héros comme des entités tragiques, lestées de poids théologique, d'angoisse historique et de masse physique. Le cap, souvent, est plus sévère que réellement profond. Mais il faut reconnaître la cohérence de l'entreprise. Il cherche à rendre aux mythes populaires une gravité perdue, même s'il confond parfois gravité et gonflement.
Sa place dans les années 2000 et les années 2010 tient aussi au rapport intense qu'il entretient avec ses publics. Peu de réalisateurs de studio ont suscité une culture d'adhésion et de rejet aussi polarisée. Snyder est devenu une figure de croyance, presque un test de goût. Ce phénomène n'est pas extérieur à ses films. Il prolonge leur logique de surinvestissement. Tout y appelle la fidélité, l'interprétation, la défense, la bataille symbolique.
Il ne faut pas négliger non plus ce qu'il a apporté à l'esthétique du science-fiction et du film de super-héros comme spectacle numérique. Même lorsqu'on résiste à son imaginaire, on voit ce qu'il a déplacé : une certaine façon de composer le corps héroïque, d'étirer le temps de l'impact, de donner à l'action une dimension sculpturale plutôt que simplement fonctionnelle. Snyder ne filme pas des enchaînements. Il filme des tableaux de force.
Les grands espaces de festival ne sont pas son terrain naturel, même si son nom circule partout dans la culture contemporaine. Son véritable lieu est celui du blockbuster pensé comme champ de bataille esthétique et affectif. On y vient pour adhérer, pour résister, pour se mesurer à cette foi presque déraisonnable dans le pouvoir de l'image ralentie.
Zack Snyder reste donc un cinéaste important, non parce qu'il représenterait l'aboutissement du cinéma de studio, mais parce qu'il en exhibe certaines contradictions avec une franchise rare. Son œuvre veut être à la fois marchandise globale et épopée blessée, franchise industrielle et geste de mythologue. Elle n'y parvient pas toujours. Mais ce ratage même est plus intéressant que bien des réussites lisses.
Dans un paysage hollywoodien dominé par l'autodérision stratégique, Snyder demeure l'homme d'une croyance trop grande pour l'époque. C'est parfois pesant, souvent fascinant, et presque toujours révélateur de ce que le blockbuster contemporain a perdu en renonçant à prendre ses propres images au sérieux.
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