Xóchitl Enríquez Mendoza
Le nom de Xóchitl Enríquez Mendoza inscrit immédiatement le genre dans une aire mésoaméricaine où les morts, les femmes et les terres ne se laissent pas réduire à des symboles décoratifs. Son crédit dans CaSTV ouvre une porte vers un fantastique d'héritage, de langue et de mémoire, un cinéma où la peur n'arrive pas comme un effet importé mais comme une présence qui connaît déjà la maison. Cette situation donne à son travail une couleur singulière.
Dans le cinéma d'horreur latino-américain, le surnaturel a souvent une fonction de rappel. Il ramène ce que la famille, l'État ou la communauté ont voulu enterrer trop vite. Une disparue, une mère, une enfant, une ancêtre, une terre profanée: les figures de la hantise ne sont pas seulement des ressorts narratifs. Elles portent une accusation. Enríquez Mendoza semble appartenir à cette tradition où le fantôme est une forme de mémoire active.
Cette logique dialogue naturellement avec le cinéma mexicain et ses rapports complexes au rituel, à la violence et au deuil. Même lorsque le pays n'est pas donné comme étiquette officielle, le nom et l'imaginaire qu'il convoque orientent la lecture vers un monde où les morts restent socialement présents. Le genre y gagne une profondeur particulière. Il n'a pas besoin d'opposer croyance et modernité. Il montre plutôt comment elles cohabitent, comment un téléphone peut sonner dans une maison où les ancêtres n'ont jamais vraiment quitté les murs.
Le crédit unique de Xóchitl Enríquez Mendoza encourage une attention aux formes brèves ou rares. Une filmographie visible peut être mince et pourtant faire signe vers un rapport très fort au genre. Il suffit parfois d'un récit pour comprendre qu'une cinéaste sait où placer le trouble: non dans l'excès, mais dans la relation. Qui regarde qui? Qui transmet la peur? Qui profite du silence? Qui paie pour la faute des autres? Ces questions donnent au fantastique une densité politique sans l'alourdir.
Les années 2020 ont renforcé la place de ces horreurs situées, où les cinéastes reviennent aux violences familiales, aux féminicides, aux exclusions coloniales, aux mémoires autochtones et aux deuils collectifs. Le genre y devient une méthode de survie critique. Il permet de montrer ce que le réalisme expose parfois sans parvenir à le rendre sensible: la présence constante des absents, la peur comme climat social, le corps comme archive.
Chez Enríquez Mendoza, telle que le catalogue la donne à lire, l'horreur paraît donc moins tournée vers le choc que vers la persistance. La menace ne disparaît pas avec le dernier plan. Elle continue parce qu'elle est liée à des structures, à des gestes répétés, à des récits que l'on raconte pour tenir debout ou pour mentir. Le fantastique devient le langage de ce qui insiste. Il n'invente pas la douleur. Il lui donne un visage que le monde ne peut plus contourner.
CaSTV a besoin de cette présence parce qu'elle rappelle que le fantastique est un champ profondément international, mais jamais abstrait. Il prend l'accent des lieux qui le produisent. Il porte leurs blessures, leurs fêtes, leurs rites, leurs contradictions. Xóchitl Enríquez Mendoza incarne cette idée avec une force de seuil: un nom, un crédit, et déjà la sensation qu'un cinéma entier se tient derrière, prêt à faire revenir ce que l'on croyait avoir laissé sous terre.
