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Xavier Dolan - director portrait

Xavier Dolan

J'ai tué ma mère a ceci de décisif qu'il annonce d'emblée un cinéma de la surexposition affective, de la parole qui blesse, du cadre qui épouse autant qu'il contrarie les débordements du sentiment. Xavier Dolan arrive très jeune, mais il n'arrive pas modestement. Son geste consiste à faire du mélodrame un terrain de guerre intime, où la famille, le désir, la honte et le besoin d'être vu se heurtent sans cesse. Dans le paysage du Canada et plus précisément du Québec francophone, il a imposé une voix immédiatement reconnaissable, au point d'être parfois trop vite résumée à sa précocité ou à son goût du style. Ce serait manquer l'essentiel.

Le style, chez Dolan, n'est jamais une simple décoration. Il est la forme même de l'intensité. La musique, le ralenti, les changements de format, les explosions de couleur ou au contraire les resserrements du cadre ne servent pas à embellir le récit, mais à traduire des états de saturation émotionnelle. Ses personnages vivent souvent comme s'ils ne parvenaient plus à contenir leur propre vie. Cela donne un cinéma volontiers excessif, mais cet excès a sa vérité. Il dit quelque chose d'une époque qui éprouve ses sentiments sous le régime de l'hyper visibilité et de l'urgence à se définir.

La famille reste son grand champ de bataille. Dans Mommy, peut être son film le plus immédiatement emblématique, Dolan transforme le rapport mère fils en dispositif de compression et de débordement. Il y a là une intelligence formelle remarquable. Le mélodrame ne passe pas seulement par les dialogues ou les performances. Il passe par l'espace lui même, par ce format étroit qui rend l'air plus rare, puis s'ouvre comme une promesse presque insoutenable. Dolan comprend très bien que le cinéma n'exprime pas l'affect en le nommant, mais en lui donnant une architecture.

On a parfois voulu opposer chez lui le baroque sentimental et la maturité supposée d'un cinéma plus retenu. L'opposition est faible. Même quand il se calme en surface, Dolan reste un metteur en scène des tensions affectives extrêmes, des loyautés familiales nocives, de la difficulté à parler juste quand l'amour et la rancune se mêlent. Ce terrain le fait naturellement toucher le drame et le romance dans ce qu'ils ont de plus instable. Il ne filme pas le sentiment comme refuge, mais comme champ d'intensités contradictoires.

Sa place dans les années 2010 est centrale. Peu de cinéastes francophones ont à ce point cristallisé les débats sur l'auteurisme, l'image de soi, la culture pop et la mise en scène de l'intime. Que l'on admire sans réserve ou que l'on résiste à certaines emphases, il faut reconnaître que Dolan a remis au premier plan une idée franche du cinéma comme art du sentiment stylisé. Il a refusé la pudeur obligatoire, le naturalisme chic, la distance ironique. Ce refus, déjà, le distingue.

Pour CaSTV, Xavier Dolan n'appartient pas au cinéma de l'horreur au sens strict. Pourtant son œuvre dialogue avec une autre forme d'inquiétude, celle de la famille comme lieu d'amour dévastateur, de la parole comme arme, de l'identité comme scène de surchauffe. Il y a dans ses meilleurs films une violence affective qui n'est pas moins intense que bien des récits de menace plus codifiés. Le spectateur y rencontre non des monstres, mais des attachements capables d'étouffer.

Xavier Dolan reste donc un cinéaste de la frontalité émotionnelle. Il filme ce que beaucoup préfèrent atténuer : le besoin d'être aimé jusqu'à la déraison, la beauté comme défense, la famille comme théâtre de la blessure répétée. Son cinéma peut irriter, emporter, submerger. Il ne laisse guère de place à l'indifférence. C'est souvent le signe qu'une œuvre touche un nerf réel.

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