Viv Li
Viv Li arrive par un seul crédit, avec un nom bref qui semble déjà appartenir au cinéma des circulations: deux syllabes, une signature mobile, une présence qui pourrait traverser plusieurs langues sans s'y fixer entièrement. Dans le champ de l'horreur, cette mobilité a du sens. Le genre contemporain est plein de cinéastes qui travaillent entre pays, écoles, résidences, festivals et plateformes, et qui transforment cette instabilité en matière esthétique. Li s'inscrit dans cette cartographie des formes légères, rapides, souvent plus aiguës que leur visibilité ne le laisse croire.
Le danger, devant une filmographie minimale, serait de parler en généralités. Il faut plutôt regarder la condition même de ce crédit unique. Une réalisatrice entre dans le catalogue parce qu'une oeuvre, même isolée, a assez touché au fantastique pour mériter d'être retenue. Cela dit quelque chose de la nature du genre. L'horreur est hospitalière aux gestes ponctuels. Elle accepte les essais, les courts, les films d'école, les propositions hybrides. Elle n'exige pas toujours une carrière longue pour produire une sensation durable.
Viv Li peut ainsi être pensée à partir d'une esthétique du déplacement. Le nom "Li" ouvre une résonance chinoise ou diasporique sans qu'il soit nécessaire d'enfermer la cinéaste dans une nationalité non donnée. Dans les années 2020, cette prudence est essentielle: les identités artistiques sont souvent transnationales, et les films circulent plus vite que les biographies. Le fantastique en sort transformé. Il ne parle plus seulement d'un folklore local ou d'une industrie nationale. Il parle de passages, de traductions, de malentendus, de corps qui ne se sentent jamais tout à fait chez eux.
Cette sensation de non-appartenance est l'une des grandes ressources de la peur. Elle peut naître d'un logement temporaire, d'une ville étrangère, d'un message laissé sans réponse, d'un rituel dont on comprend trop tard les règles. Le cinéma de Viv Li, tel que sa présence dans CaSTV permet de l'approcher, semble appartenir à cette famille de récits où le trouble se loge dans l'entre-deux. Pas forcément le monstre spectaculaire, mais le glissement: un visage familier devient illisible, un espace public se vide, une langue cesse de protéger.
Il faut aussi reconnaître l'importance des formats courts et des circuits de festival dans cette visibilité. Les festivals de genre et les programmations spécialisées ont souvent été les lieux où des signatures encore discrètes trouvent leur premier public. La peur y circule comme une conversation rapide, parfois internationale, entre films de quelques minutes et longs métrages confirmés. Une cinéaste à crédit unique peut y apparaître avec une idée suffisamment forte pour rejoindre une mémoire collective de spectateurs.
Ce que CaSTV retient avec Viv Li, c'est donc une promesse formelle plus qu'un curriculum. La promesse d'un cinéma qui comprend que l'horreur n'a pas toujours besoin d'une mythologie lourde. Elle peut tenir dans un déplacement de regard, dans la façon dont un plan refuse de livrer son centre, dans un silence trop propre. Li appartient à ces noms qui composent le tissu réel du genre: pas les seuls grands repères, mais les lignes fines qui relient les scènes, les pays et les obsessions.
Une entrée suffit parfois à installer une température. Viv Li, par sa présence discrète, rappelle que le cinéma de peur contemporain se fabrique dans des zones de transit, là où les identités se recomposent et où les images gardent quelque chose d'intraduisible. C'est précisément ce reste qui fait peur.
