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Vaggelio Soumeli

Les deux crédits de Vaggelio Soumeli dans CaSTV portent une résonance méditerranéenne de tragédie domestique, comme si l'horreur y naissait moins d'un surgissement que d'une faute ancienne revenue dans la maison. Soumeli appelle une lecture par la voix, par le seuil, par les gestes familiaux que l'on répète jusqu'à ce qu'ils deviennent inquiétants. Le genre, chez elle, semble pouvoir commencer dans une cuisine, une cour, une pièce où l'on parle trop bas.

Cette sensibilité rapproche son cinéma d'une tradition où le mythe n'est jamais très loin du quotidien. Le fantastique méditerranéen n'a pas besoin d'annoncer les dieux ou les spectres avec solennité. Il les laisse filtrer par des conflits de filiation, de désir, d'honneur, de transmission. Soumeli semble occuper cette zone où le récit intime devient presque archaïque, où une querelle de famille porte soudain le poids d'une malédiction.

Dans CaSTV, elle trouve naturellement sa place auprès du fantastique lorsqu'il travaille la survivance des formes anciennes. Une parole donnée, une promesse rompue, un interdit de parenté, un deuil mal accompli: tout cela peut produire de l'horreur sans recourir à une créature spectaculaire. Le surnaturel, s'il vient, ne fait qu'avouer ce que les structures familiales savaient déjà. La maison était un temple mal entretenu.

Les deux crédits de Soumeli invitent aussi à regarder le corps féminin comme lieu de conflit symbolique. Dans beaucoup de récits de genre, les femmes portent la mémoire, la faute, la rumeur, le soin, parfois la punition. Un cinéma attentif ne reproduit pas simplement ces charges. Il les expose, les déplace, les rend visibles comme mécanismes. Soumeli semble intéressante là où l'horreur permet de montrer ce que le réalisme domestique a tendance à normaliser.

Cette approche rejoint le folk horror par son goût des règles héritées. Le folk horror ne parle pas seulement de nature hostile. Il parle de communautés qui se maintiennent par des récits, de familles qui transforment la tradition en arme, de lieux où le passé continue de légiférer. Soumeli paraît liée à cette énergie: faire sentir que certains gestes ordinaires sont peut-être des rites dégradés, et que personne ne sait plus exactement ce qu'ils appellent.

Les années 2020 ont donné une nouvelle visibilité à ces horreurs de l'héritage, souvent portées par des cinéastes qui refusent de séparer mémoire culturelle et expérience intime. Le genre devient alors une manière de penser la transmission comme un phénomène dangereux. Ce que l'on reçoit n'est pas toujours un bien. Cela peut être une dette, une peur, une langue blessée, une obligation que le corps comprend avant la conscience.

Il y a chez Soumeli, telle que ses deux présences le suggèrent, une attention au poids des lieux clos. Le monde extérieur peut exister, mais l'essentiel se joue dans l'espace où les regards se croisent trop souvent. L'horreur domestique fonctionne parce qu'elle transforme la proximité en piège. On ne peut pas fuir ceux qui connaissent votre nom, votre enfance, vos fautes, vos silences. Ils sont déjà de l'autre côté de toutes les portes.

Vaggelio Soumeli occupe donc dans CaSTV une place de tragédienne du malaise familial. Deux crédits suffisent à faire entendre une direction: l'horreur comme retour d'une loi ancienne dans le présent, comme contamination du foyer par le mythe, comme pression exercée sur les corps par ce qu'ils ont hérité. Chez Soumeli, la peur n'est pas étrangère. Elle parle avec l'accent de la maison.

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