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Vadir Sottelo

Les deux crédits mexicains de Vadir Sottelo dans CaSTV s'ouvrent sur une horreur de frontière, non seulement frontière géographique, mais frontière entre les vivants et les morts, entre la fête et le deuil, entre la croyance intime et la violence sociale. Sottelo appartient à un territoire de cinéma où le fantastique n'a pas besoin de demander la permission. Il circule déjà dans les images, les rites, les familles, les rues.

Le Mexique offre au genre une matière d'une richesse redoutable. Les morts y sont présents dans l'imaginaire public, mais cette présence ne se réduit jamais à une iconographie colorée. Elle peut devenir politique, familiale, criminelle, spirituelle. L'horreur mexicaine la plus forte sait tenir ensemble la beauté des rites et la brutalité du réel. Sottelo semble devoir être lu dans cette tension, là où le merveilleux ne protège pas de la violence.

Dans CaSTV, son profil dialogue avec le folk horror lorsqu'il quitte les clichés ruraux pour toucher à la mémoire communautaire. Le folk horror n'est pas seulement affaire de village isolé. Il parle de règles anciennes, de pactes non écrits, de dette envers les morts, de territoires qui n'oublient pas. Le Mexique donne à ces motifs une densité singulière, parce que l'histoire collective y traverse constamment l'espace domestique.

Les deux crédits de Sottelo invitent aussi à penser l'horreur comme relation au rituel. Un rituel peut apaiser, mais il peut aussi exiger. Il peut maintenir un lien, ou révéler que ce lien est devenu dangereux. Le cinéma de genre trouve là une force évidente: chaque geste répété, chaque offrande, chaque chant, chaque silence peut devenir une porte. Le spectateur ne regarde pas seulement une coutume. Il regarde une règle à l'oeuvre.

Cette approche rejoint les années 2020, période où de nombreux cinéastes latino-américains ont renouvelé l'épouvante en la reliant aux disparitions, aux violences d'État, aux traumatismes familiaux et aux croyances populaires. L'horreur n'y est pas une échappatoire. Elle est une langue plus apte que le réalisme pur à dire ce qui reste sans sépulture, sans procès, sans réparation. Les fantômes demandent alors autre chose qu'une explication.

Sottelo paraît intéressant précisément parce que cette matière peut devenir trop facile si elle est réduite à des symboles. Le défi est de filmer les morts sans les transformer en décor, les rites sans les folkloriser, la peur sans l'aplatir en exotisme. Une mise en scène juste doit laisser les croyances garder leur opacité. Elle doit accepter que certaines images ne soient pas là pour être traduites, mais pour être respectées.

Ce rapport à l'opacité distingue le bon cinéma d'horreur de la simple imagerie macabre. La peur ne naît pas parce que l'on montre des crânes, des bougies ou des ombres. Elle naît lorsque ces éléments appartiennent à un système de relations plus profond, lorsque le spectateur comprend qu'il voit seulement la surface d'une obligation. Sottelo, par ses deux présences, se situe dans cette promesse de gravité.

Vadir Sottelo occupe donc dans CaSTV une place attachée à la hantise mexicaine du lien. Son cinéma semble rappeler que les morts ne sont pas seulement ceux qui reviennent. Ils sont ceux que les vivants portent, invoquent, trahissent, honorent mal. Deux crédits suffisent à poser cette question essentielle: que devient une communauté lorsqu'elle ne sait plus comment parler à ses morts? L'horreur commence souvent là, dans une offrande déposée trop tard.