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Tomas Villum Jensen - director portrait

Tomas Villum Jensen

Si l'on part de Slagtehal 3, on comprend tout de suite que Tomas Villum Jensen n'entre pas dans le cinéma par la porte du bon goût, mais par celle d'une énergie volontiers débraillée, populaire, parfois sale, souvent plus vive qu'élégante. Ce point d'entrée importe, parce qu'il situe le cinéaste dans une tradition danoise où la comédie, l'horreur et le film de bande peuvent cohabiter sans demander pardon. Chez lui, le ton n'est jamais seulement une question de genre. C'est une manière d'attaquer les récits, de bousculer les hiérarchies culturelles, de rappeler qu'un film peut chercher l'efficacité, l'outrance et le mauvais esprit sans cesser d'être révélateur d'une époque. Dans le cadre du cinéma du Danemark, Jensen apparaît ainsi comme un praticien du mouvement plus que de la pose.

Il faut prendre au sérieux ce rapport au populaire. Beaucoup de cinéastes flirtent avec l'excès pour se donner une allure insolente; Villum Jensen, lui, connaît réellement les mécaniques de l'adresse large. Il sait comment une scène doit entrer vite, comment une silhouette doit exister immédiatement, comment un rythme se maintient sans devenir pure agitation. Cela explique pourquoi son cinéma peut sembler frontal tout en restant calculé. Les effets y sont moins désordonnés qu'ils n'en ont l'air. Derrière l'allure relâchée, on voit un cinéaste attentif à la circulation de l'information, à la pression des corps dans le cadre, à la nécessité de ne jamais laisser le récit refroidir.

Cette vitalité ne veut pas dire légèreté au sens vide du terme. Villum Jensen filme souvent des milieux, des groupes, des réflexes sociaux. Même lorsqu'il travaille dans une veine de comédie ou de horreur, il garde un œil très net sur les comportements collectifs, sur les rapports de domination minuscules, sur la manière dont une communauté fabrique ses propres codes de brutalité ou de dérision. Ce qui fait rire dans ses films n'est jamais loin de ce qui exclut, humilie ou contamine. De là vient leur texture particulière : une impression de gaillardise immédiate, traversée par quelque chose de plus sombre, parfois franchement mesquin, qui dit beaucoup sur la sociabilité masculine, les hiérarchies de classe et le plaisir trouble du groupe.

On pourrait le ranger parmi les faiseurs efficaces, et ce ne serait pas entièrement faux. Mais ce serait oublier qu'il existe plusieurs façons d'être un faiseur. Il y a ceux qui appliquent, et ceux qui impriment. Villum Jensen appartient plutôt à la seconde famille. Son cinéma porte la marque d'un tempérament, d'un sens du tempo et d'une franchise tonale qui empêchent l'anonymat. Même quand un film obéit à des formats connus, il conserve une poussée interne, une façon d'aller droit au contact qui le distingue du produit standardisé. Cette qualité devient précieuse si l'on regarde sa trajectoire depuis les années 1990 jusqu'aux années 2000. Il représente une idée du cinéma européen commercial qui n'a pas honte de son accent local ni de son goût pour le débordement.

Dans une base consacrée aux formes du trouble, de l'étrange et des marges du cinéma de genre, Tomas Villum Jensen mérite donc mieux qu'une note de bas de page. Ce n'est pas un théoricien de la mise en scène, ni un styliste solennel, mais un réalisateur qui comprend une chose essentielle : le cinéma vit aussi de sa capacité à dérégler la bienséance, à contaminer le rire par l'inconfort et à faire entrer un peu de désordre dans les cadres attendus. Ses films rappellent que le mauvais goût peut être une langue, que la vulgarité n'exclut pas la lucidité, et qu'une scène de troupe, de conflit ou d'agression peut révéler plus d'un pays qu'un long discours explicatif.

Le voir aujourd'hui, c'est retrouver un moment où une partie du cinéma danois savait associer rugosité nationale, instinct de divertissement et absence presque insolente de respectabilité. Tomas Villum Jensen n'est pas un cinéaste de la mesure. C'est précisément ce qui le rend utile. Il ramène les genres à leur fonction primitive : secouer, amuser, salir un peu le vernis. À l'écran, il ne cherche pas la pureté. Il cherche la circulation nerveuse d'une humeur. Et cette humeur, souvent, laisse des traces.

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