Todd Holland
Avec The Wizard, Todd Holland a laissé l'empreinte durable d'un cinéma populaire américain qui paraît d'abord léger, presque purement industriel, avant de révéler une compréhension très fine du spectacle comme machine affective. Ce n'est pourtant pas ce titre qui suffit à le définir sur CaSTV. Ce qui intéresse vraiment chez Holland, c'est sa capacité à faire communiquer la fantaisie, l'excentricité et une forme de trouble familial ou adolescent qui n'est jamais loin du fantastique. Dans le paysage des réalisateurs passés du cinéma à la télévision, puis de la télévision à des formes hybrides de comédie et d'horreur, il occupe une place discrète mais instructive.
Le contexte des États-Unis est ici décisif. Holland appartient à une tradition d'artisans capables de circuler entre formats, chaînes, tonalités et publics sans perdre complètement leur sens du timing. On a souvent tort de sous-estimer cette compétence sous prétexte qu'elle n'affiche pas les signes de l'auteurisme noble. Or le cinéma de genre américain s'est aussi construit grâce à ces metteurs en scène qui savent régler une scène, installer une ambiance, faire basculer un récit du burlesque vers l'inquiétant sans casser son rythme. Holland a cette qualité. Il comprend que le divertissement n'est pas l'ennemi du trouble. Il en est souvent la condition.
Lorsqu'il s'approche de l'horreur ou du fantastique, il ne cherche pas la lourdeur démonstrative. Il travaille plutôt l'idée d'un monde familier soudain déplacé d'un cran. Une maison, une banlieue, une cellule familiale, un groupe d'adolescents: il suffit d'un élément de dérèglement pour que l'ordinaire prenne une coloration plus étrange. Ce mécanisme est fondamental dans le genre horror, surtout dans sa version accessible aux publics plus larges. L'efficacité ne vient pas seulement d'un monstre ou d'un gag. Elle vient de la justesse avec laquelle on filme la normalité avant de l'endommager.
Holland sait aussi tirer parti du ton. C'est peut-être là son vrai talent. La comédie, chez lui, n'annule pas la menace. Elle la rend plus pernicieuse, parce qu'elle installe une confiance de surface. Le spectateur rit, se détend, accepte les conventions d'un univers a priori maîtrisé. Puis quelque chose dévie. Un personnage s'obstine, une situation glisse, l'émotion devient plus trouble. Cette circulation entre les registres est caractéristique de nombreux films et épisodes télévisés des années 1980 et années 1990, mais elle exige une vraie science de la modulation. Trop appuyer l'horreur et la comédie disparaît. Trop souligner la blague et l'étrangeté se dissout. Holland tient souvent ce point d'équilibre.
On pourrait considérer son parcours comme celui d'un professionnel adaptable. Ce serait juste, mais insuffisant. Il faut y voir aussi une certaine idée du récit populaire: raconter vite, caractériser clairement, ne jamais mépriser le plaisir du public, tout en laissant entrer des affects plus complexes qu'il n'y paraît. Dans les meilleures pièces de cette tradition, la fantaisie enfantine côtoie déjà la peur de grandir, la famille apparaît à la fois comme refuge et comme scène de dysfonctionnement, et le merveilleux devient indissociable d'une inquiétude sourde. Holland travaille justement cette zone mitoyenne, celle où la culture mainstream rencontre ses propres fantômes.
Sa trajectoire entre cinéma et télévision rappelle enfin que beaucoup d'imaginaires horrifiques se sont formés à travers des œuvres moins prestigieuses que les grands classiques célébrés en festival. Les auteurs de Fantasia ou les historiens du cinéma de minuit le savent bien: le genre vit aussi dans les objets de passage, les épisodes, les films familiaux traversés d'un étrange résidu d'angoisse. Holland n'est pas un théoricien du macabre. Il est quelque chose de plus utile: un praticien du basculement tonal, un metteur en scène qui comprend comment le confort visuel d'un récit peut servir de piège.
Voir Todd Holland aujourd'hui, c'est donc revenir à une intelligence artisanale du cinéma populaire américain. Son œuvre rappelle que la mise en scène n'a pas besoin de se déclarer radicale pour être révélatrice. Elle peut se loger dans un raccord, dans un tempo comique, dans la façon de ménager l'entrée du bizarre au milieu d'un univers a priori rassurant. À cet endroit, Holland mérite mieux que la simple catégorie du faiseur. Il appartient à ces cinéastes qui savent que le fantastique gagne souvent en force lorsqu'il s'insinue dans les formes les plus familières du divertissement. C'est une leçon modeste, mais durable.
