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Tala Hadid - director portrait

Tala Hadid

Chez Tala Hadid, le désert n'est pas une carte postale spirituelle. C'est une surface de mémoire, de disparition et de récit, un espace où la géographie semble retenir plus de voix qu'elle n'en montre. Cette relation au paysage, très concrète et presque mythique à la fois, donne à son cinéma une singularité immédiate. Il faut la situer du côté du Maroc, bien sûr, mais aussi d'une circulation plus large entre documentaire, fiction et imaginaire nomade qui a trouvé dans les Années 2010 une forme d'acuité particulière. Hadid filme les marges comme des lieux où le temps n'est jamais homogène.

Ce qui frappe d'abord, c'est la manière dont elle laisse le territoire penser. Beaucoup de films utilisent le désert comme symbole prêt à l'emploi : pureté, dépouillement, mystique, danger. Tala Hadid évite ces automatismes. Ses espaces ont une épaisseur humaine, historique, politique. Ils sont traversés par des récits de déplacement, de perte, de filiation, parfois de légende. C'est précisément cette superposition qui leur donne une dimension presque fantastique. Le paysage n'illustre pas une histoire. Il la contient déjà, sous forme de trace, de souffle, d'intervalle.

Cette qualité ouvre son cinéma vers une forme très particulière de hantise. Non pas la hantise de l'apparition visible, mais celle de la survivance. Des vies absentes, des récits interrompus, des communautés exposées à l'effacement continuent de structurer le présent. Dans cette perspective, son travail entre naturellement en résonance avec le documentaire comme avec certaines zones du folk-horror, dès lors qu'on comprend ce genre non comme une collection de rites pittoresques, mais comme une relation dense entre territoire, mémoire collective et violence enfouie.

Hadid filme avec une attention remarquable aux corps en mouvement. Marcher, attendre, porter, traverser, s'arrêter : ces gestes élémentaires deviennent chez elle des actes de narration. Ils inscrivent l'humain dans l'espace sans jamais le réduire à une silhouette contemplative. Le désert n'écrase pas tout. Il négocie avec ceux qui le traversent. Cette négociation donne aux films leur tension la plus subtile. On y sent en permanence la fragilité des présences, mais aussi leur obstination à demeurer, à raconter, à transmettre.

Il faut également souligner la beauté sévère de la mise en scène. Tala Hadid sait composer des images d'une grande puissance plastique sans les vider de leur ancrage matériel. La tentation, face à de tels paysages, serait de fabriquer un cinéma de pure contemplation. Elle choisit mieux. Ses plans gardent une fonction de recherche. Ils interrogent ce qu'un lieu conserve, ce qu'il laisse partir, ce qu'il fait aux récits qu'on vient y déposer. Cette intelligence empêche le film de se refermer sur une majesté facile.

Dans le contexte du cinéma de Maroc, cette approche est particulièrement précieuse. Elle déplace le regard loin des représentations simplifiées du territoire et de l'identité. Elle ouvre un espace où l'histoire coloniale, les circulations culturelles, les formes locales de mémoire et d'oubli peuvent coexister sans se dissoudre dans un discours unique. Le spectateur n'est pas guidé vers une conclusion propre. Il doit habiter les couches du lieu.

Pour CaSTV, Tala Hadid représente ainsi une forme de cinéma hanté sans fantômes apparents, où le paysage devient la véritable chambre d'écho des absences. Dans les Années 2010, alors que tant d'œuvres sur le désert cherchaient l'exotisme ou l'élévation abstraite, elle a maintenu une relation plus exigeante au terrain, au récit et aux survivances. Son cinéma rappelle que certains espaces ne font pas peur parce qu'ils sont vides, mais parce qu'ils sont pleins de ce qui ne se montre plus directement.

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