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Tak Sakaguchi - director portrait

Tak Sakaguchi

Avec Versus et toute une mythologie du sabre sale, du corps lancé trop vite et du zombie traité comme obstacle de cascade, Tak Sakaguchi est d'abord une présence physique avant d'être un nom de générique. Même lorsqu'il passe derrière la caméra, son cinéma reste marqué par cette évidence: l'action n'est pas une décoration du récit, elle est le récit qui pense avec les muscles, la fatigue, la blessure et l'impact.

Sakaguchi appartient à une constellation du cinéma japonais qui a réinventé, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, un cinéma de genre impatient, fauché, excessif, plus proche du cri que de la calligraphie. On y croise des morts vivants, des yakuzas, des samouraïs contaminés par le clip, du gore bricolé, une vitesse qui refuse la distinction propre entre film d'action, horreur et comédie noire. Dans ce paysage, Sakaguchi n'est pas seulement interprète. Il incarne une méthode.

Cette méthode tient au refus de séparer le corps de la mise en scène. Beaucoup de films d'action découpent le mouvement pour le rendre spectaculaire. Chez Sakaguchi, l'intérêt naît plutôt de la continuité, de l'épuisement visible, du risque inscrit dans le plan. Une attaque doit avoir un poids. Une chute doit laisser une trace. La caméra ne regarde pas un corps héroïque abstrait, mais une machine humaine qui se dérègle, encaisse, repart. C'est pourquoi son rapport à l'action horror est si précieux: la peur n'est pas seulement dans ce qui menace le corps, elle est dans ce que le corps accepte de traverser.

Le gore, chez lui, n'est pas une coquetterie de fan. Il prolonge la chorégraphie. Le sang fait apparaître le coût du mouvement. Dans les films les plus faibles de cette famille esthétique, l'excès devient un signe vide, une manière de crier "culte" avant d'avoir construit une scène. Sakaguchi vaut mieux que cela lorsqu'il place l'énergie au service d'une sensation presque primitive du cinéma: un plan comme collision, un montage comme respiration courte, une violence si frontale qu'elle redevient comique puis inquiétante.

Son travail derrière la caméra doit être lu à partir de cette expérience d'acteur et de coordinateur du geste. Il sait qu'un combat raconte mieux quand il n'est pas réduit à une suite de poses. Il sait aussi que le genre japonais d'exploitation, dans sa tradition la plus libre, a toujours gagné à mélanger les registres. Le grotesque n'annule pas la tension. L'absurde peut rendre la violence plus dangereuse, parce qu'il retire au spectateur l'assurance d'un monde stable.

Dans l'histoire récente du splatter, Sakaguchi représente une lignée artisanale, faite de corps réellement engagés, de cascades pensées comme dramaturgie et d'une jouissance assumée pour le mauvais goût quand il est tenu avec précision. Son cinéma n'a rien de l'horreur atmosphérique. Il ne chuchote pas dans les couloirs. Il déboule, tranche, cogne, trébuche, se relève. Pourtant, sous cette brutalité, on trouve une idée assez nette de la mise en scène: l'excès ne fonctionne que s'il conserve une lisibilité.

Pour CaSTV, Tak Sakaguchi est important parce qu'il rappelle que l'horreur peut être kinétique. Elle peut passer par une épaule qui cède, une lame qui manque de peu, une course dont on sent la dette physique. Son cinéma refuse le confort du spectateur pur esprit. Il nous ramène à la matière du genre: chair, vitesse, sueur, douleur, plaisir coupable et précision de l'impact. Dans un monde d'images trop propres, cette énergie cabossée garde une valeur presque morale.

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