Stewart Raffill
Mac and Me a longtemps servi de blague facile contre Stewart Raffill, alors qu'il faudrait y voir la logique la plus nue de son cinéma : une confiance presque téméraire dans la capacité de l'exploitation familiale à produire du bizarre, de l'émotion forcée, du merveilleux de supermarché et une sincérité que le bon goût ne sait plus lire. Raffill ne sépare jamais tout à fait l'aventure enfantine, la série B opportuniste et l'expérimentation commerciale. C'est justement ce mélange qui le rend fascinant.
Son parcours traverse une grande partie du cinéma de périphérie américain, entre survie en pleine nature, science-fiction modeste, horreur utilitaire et films pour adolescents. Il y a chez lui une forme de pragmatisme narratif très États-Unis, au sens où l'idée de film précède souvent la pure cohérence esthétique. Une prémisse efficace, un danger clair, quelques morceaux de bravoure, et l'affaire démarre. Mais ce pragmatisme n'exclut pas l'étrangeté. Raffill a le don de faire basculer un film fonctionnel vers un territoire involontairement onirique ou franchement détraqué.
Le mot important, ici, est peut-être celui de permissivité. Son cinéma autorise beaucoup. Il accepte les changements de ton abrupts, les effets spéciaux fragiles, les sentiments énormes, les raccords de logique approximatifs si cela permet à l'énergie de continuer. Dans les années de pleine circulation vidéo et câblée, notamment les Années 1980, cette permissivité produisait des objets que le cinéma contemporain, obsédé par la gestion de marque, peine à imaginer. Raffill appartient à cet âge où une idée folle pouvait encore être tournée sans passer par dix couches de normalisation.
Lorsqu'il s'approche du Genre science-fiction ou de l'horreur, ce n'est jamais pour construire des cosmologies raffinées. Il préfère l'impact immédiat. Une créature, une menace, un milieu hostile, une fuite. Pourtant, derrière cette simplicité, on trouve souvent un rapport très fort à l'espace. Raffill aime les terrains. La jungle, le désert, la banlieue, la route, le laboratoire de fortune : ses films avancent par friction entre les corps et les lieux. Cette dimension physique sauve beaucoup de choses. Elle donne au spectacle une rudesse concrète.
On comprend alors pourquoi il est plus intéressant qu'un simple faiseur. Le faiseur exécute. Raffill, lui, improvise à l'intérieur de la commande. Il cherche comment tirer de la production ce qu'elle n'avait pas prévu contenir. Cela peut prendre la forme d'un plan bizarrement mélancolique, d'une séquence d'action trop longue et donc hypnotique, ou d'une émotion enfantine jouée à un degré si frontal qu'elle cesse d'être manipulatrice pour devenir presque touchante malgré soi.
Il faut aussi reconnaître son rapport singulier au mauvais goût. Raffill ne l'esquive pas, il s'y installe. Mais il ne le fait pas avec l'arrogance postmoderne de celui qui sait mieux que son matériau. Il semble croire à ce qu'il filme, même lorsque l'entreprise touche au dérisoire. Cette croyance est précieuse. Elle explique pourquoi certains de ses films, pourtant fragiles ou ratés par endroits, restent en mémoire plus durablement que des productions impeccablement calibrées.
Dans un catalogue comme celui de CaSTV, Stewart Raffill représente une vérité essentielle du cinéma de genre : l'histoire ne se compose pas seulement d'auteurs consacrés, mais d'artisans aventureux qui ont transformé les marges industrielles en laboratoire de bizarreries durables. Son cinéma avance sans élégance, parfois sans frein, mais avec une franchise presque primitive. C'est cette franchise qui le rend, encore aujourd'hui, intensément regardable.
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